<276>Si vos amiraux et les Espagnols font la guerre, c'est en veillant à la conservation de leur monde, et ils font fort bien, parce que la paix va se conclure. L'idée des batteries flottantes était assurément très-hétérodoxe, et ne pouvait réussir. Les hommes les plus déterminés peuvent entreprendre des choses difficiles; mais les impossibles, ils les abandonnent aux fous. On menace sans doute; l'Orient d'une nouvelle guerre. On veut placer le derrière du marmot Constantina sur le sopha de Mustapha, et l'on dit que le César Joseph veut partager les dépouilles; les houris du sérail seront bien pour lui.b Voilà au moins ce qu'annoncent les bulletins de Vienne.

L'abbé Raynal écrit sur la révocation de l'édit de Nantes, et quand l'ouvrage sera imprimé, il l'enverra à Louis XIV par le premier courrier qui partira pour les champs Élysées. Pour moi, je me suis prescrit la règle d'imiter toutes bonnes actions anciennes et modernes, et de n'imiter jamais les mauvaises. Je laisse chacun adorer Dieu comme il le juge à propos, et je crois que chacun a le droit de prendre le chemin qu'il préfère pour aller dans le pays inconnu du paradis ou de l'enfer; je me contente de la liberté de suivre de même l'impulsion de la raison et de ma façon de penser, et pourvu que, par de justes entraves, on empêche les moines de troubler la société, il faut les tolérer, parce que le peuple les veut.

Ce M. de Villars, qui n'est pas le maréchal de Villars, peut faire imprimer ce qu'il lui plaît à Neufchâtel, pourvu qu'il ménage les puissants, et ne choque point les grands de la terre, gens chatouilleux sur les prérogatives de leur infaillibilité et sur leurs dignités. Vous savez que les prêtres les appellent les images de Dieu sur la terre;c ces fous


a Constantin Paulowitsch, né le 8 mai 1779.

b On en veut furieusement au sopha de Mustapha, que l'on croit qui siérait bien à l'Empereur, qui semble vouloir en partager les dépouilles, sans excepter les houris. (Variante de l'édition Bastien, t. XVIII, p. 393.)

c Voyez les Anekdoten von König Friedrich II, publiées par Frédéric Nicolaï, cahier II, p. 139 et 141, et Johann George Sulzer's Lebensbeschreibung, von ihm selbst aufgesetzt, aus der Handschrift abgedruckt, mit Anmerkungen von J. B. Merian und Fr. Nicolai. Berlin, 1809, p. 65. Voltaire dit dans sa lettre à Frédéric, du 8 mars 1738 (t. XXI, p. 198 de notre édition) : « Je dirai, dans mon cœur, de votre personne, ce que les flatteurs disent des rois, qu'ils sont les images de la Divinité. » Voyez aussi les lettres du même à Frédéric, du mois de juin 1740, du mois d'avril 1742, et du 15 avril 1760, t. XXII, p. 10 et 99, et t. XXIII, p. 85. Dans son Examen critique du Système de la nature (t. IX, p. 188), Frédéric explique le vrai sens des mots qui nous occupent; et dans sa lettre à d'Alembert, du 18 octobre 1770 (t. XXIV, p. 560), il appelle Louis XIV une des images de Dieu sur terre.