<30>La seconde guerre, de 1745, lui fournit des occasions pour déployer ses vertus militaires : il battit avec sa brigade le général Nadasdy dans une affaire d'avant-garde auprès de Landeshut,a et le poursuivit jusqu'en Bohême. Peu de temps après, il fut blessé à la bataille de Friedeberg; il est superflu de dire qu'il y acquit de la gloire. Les exploits que fit la cavalerie prussienne en ce jour-là, sont trop connus pour les rappeler ici. Après l'expédition de Saxe, M. de Stille revint avec le Roi à Berlin, où il trouva M. de Maupertuis, devenu, depuis peu, président de l'Académie; il participa à la joie que tout notre corps ressentit d'avoir à sa tête un savant aussi illustre.b Les sciences et les arts se tiennent tous comme par la main : la méthode qui conduit un géomètre dans les profondeurs de la nature, ou qui guide un philosophe dans les ténèbres de la métaphysique, est la même pour tous les arts. M. de Stille, qui, avec le goût des sciences, s'était acquis cette méthode, voulut l'appliquer à un métier qu'il faisait avec succès, et qui, dans la guerre, l'avait couvert de gloire : il composa un ouvrage sur l'origine et les progrès de la cavalerie; ce que nous en avons vu, est plein de recherches curieuses et de détails pleins d'érudition. Il l'avait poussé jusqu'à l'an 1750, et la mort l'empêcha d'achever ce que ses recherches auraient eu de plus intéressant à nous apprendre. Le manuscrit est entre les mains de sa famille; ce serait une perte pour le public s'il était frustré de cet héritage.c

Depuis l'année 1750, M. de Stille se sentit attaqué d'un asthme qui, allant toujours en empirant, causa enfin sa mort le 19 d'octobre 1752. Il avait épousé Charlotte de Huss, fille du président de la régence de Magdebourg; il laissa deux fils, qui sont officiers, et quatre filles, dont deux sont en bas âge.

Il avait le cœur serviable, plein de candeur et de désintéresse-


a Voyez t. III, p. 117.

b Ce mot si flatteur pour M. de Maupertuis a été écrit au moment où Voltaire, alors en disgrâce, l'accablait d'injures.

c Le Roi ne fait pas mention d'un ouvrage anonyme du général de Stille, ouvrage fort estimé, qui fut publié sous le titre suivant : Les campagnes du Roi, avec des réflexions sur les causes des événements. (Sans lieu d'impression) 1762, in-8.