<260> de n'avoir point enfanté ce projet plus tôt. Il est trop tard à présent. Je ne vois plus qu'un remède, et ce remède ne tardera guère; c'est la mort de l'Électeur palatin. Je vous avertirai à temps. Veuille le ciel que la marquise et vous puissiez vous trouver à cette terre, où je pourrais alors sûrement jouir d'un bonheur plus délicieux que celui du paradis!

Je suis indigné contre votre nation et contre ceux qui en sont les chefs, de ce qu'ils ne répriment point l'acharnement cruel de vos envieux. La France se flétrit en vous flétrissant, et il y a de la lâcheté en elle de souffrir cette impunité. C'est contre quoi je crie, et ce que n'excuseront point vos généreuses paroles : « Seigneur, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. »a

J'aurai beaucoup d'obligation à la marquise de sa Dissertation sur le Feu, qu'elle veut bien m'envoyer.b Je la lirai pour m'instruire; et, si je doute de quelques bagatelles, ce sera pour mieux connaître le chemin de la vérité. Faites-lui, s'il vous plaît, mille assurances d'estime.

Voici une pièce nouvellement achevée; c'est le premier fruit de ma retraite. Je vous l'envoie, comme les païens offraient leurs prémices aux dieux. Je vous demande, en revanche, de la sincérité, de la vérité et de la hardiesse.

Je me compte heureux d'avoir un ami de votre mérite; soyez-le toujours, je vous en prie, et ne soyez qu'ami. Ce caractère vous rendra encore plus aimable, s'il est possible, à mes yeux, étant avec toute l'estime imaginable, mon cher ami, etc.


a Saint Luc, chap. XXIII, v. 34.

b Voyez t. XVII, p. 3.