16. A LA MÊME.

Fribourg, 10 août 1734.



Ma très-chère sœur,

Ce jour est bien heureux pour moi, ayant eu le bonheur de recevoir deux de vos chères lettres, l'une du 28, et l'autre du 1er. Je suis charmé que vous me marquiez que votre santé va un peu mieux; j'espère de tout mon cœur que les eaux contribueront à la rétablir, car je crois que vous-même n'y pouvez prendre plus de part que j'y prends. Je vous rends millions de grâces du charmant solo que vous me faites la grâce de m'envoyer; dès que le Roi sera parti, ce qui se fera le 13 au matin, j'aurai l'honneur de vous envoyer un solo de ma façon, qui, à la vérité, n'approche de longtemps pas le vôtre, mais qui est la faible production d'un méchant apprenti. Pour le Margrave, il peut venir ici dans la plus grande sûreté du monde,1_20-a car les Français ont détaché dix mille hommes pour l'Italie, marque certaine qu'ils n'entreprendront plus rien cette campagne. Nous nous camperons demain à l'autre côté du Main, et notre aile droite, où je me trouve, n'aura que le Rhin entre elle et Mayence, dont je ferai <18>bon usage dès que le sérénissime sera parti. Comptez là-dessus que vous serez délivrée de sa visite, car il a commandé les chevaux pour Wésel. Nous resterons pour le moins trois ou quatre semaines dans ce camp. J'espère, à mon retour, d'avoir l'honneur de vous faire ma cour et de me mettre à vos pieds; ce n'est pas pour les cuisiniers, mais bien pour embrasser une sœur que j'adore, et qui m'est plus précieuse que toutes les richesses du monde. N'en doutez pas, chère sœur, car ce serait donner le désespoir à celui qui sera jusqu'à la mort avec un respect infini, ma très-chère sœur, etc.

Je suis fort chagrin de ce qui arrive à Ansbach, et je suis brouillé à toute outrance avec le nouveau beau-fils, qui est la bête la plus féroce de tout ce camp.


1_20-a Voyez les Mémoires de la Margrave, t. II, p. 139 et suivantes, 182 et suivantes, 190 et suivantes.