<124>que, s'il lui prend envie de jouer le rôle d'un vampire, il me laisse dormir en repos, et aille à Genève sucer et tourmenter le sieur Arouet de Voltaire.

Je suis toujours persuadé que, malgré les fâcheux accidents de l'année passée, vous serez heureux dans celle où nous venons d'entrer; et, quelque chose que vous puissiez me dire, vous ne me convaincrez pas du contraire, surtout s'il est vrai, comme on le dit ici, que les Anglais enverront une flotte dans la mer Baltique. La fortune, il est vrai, a depuis quelque temps semblé vous être moins favorable; mais, sans croire ni aux prophéties, ni aux revenants, je ne puis m'empêcher de céder à certains pressentiments qui me disent que vous résisterez à tous vos ennemis, et qu'à la fin vous prendrez entièrement le dessus sur eux. Avant les batailles de Rossbach et de Lissa, je vous écrivais la même chose. La situation des affaires était bien différente de celle d'aujourd'hui; ma sécurité semblait encore plus déplacée : le temps ne tarda pas à la justifier.

Mgr le prince de Bevern m'a écrit une lettre en faveur d'un gentilhomme francaisa qui lui avait été recommandé, et dont je connais toute la famille. Je l'ai vu lui-même, il y a quelques années, lorsque j'étais en France. Une affaire d'honneur qu'il eut l'obligea de sortir du royaume et de se retirer à Nice. Sa famille m'ayant écrit pour me le recommander, il vint me voir à Menton. Depuis ce temps, ne pouvant plus rentrer en France, il passa, au commencement de la guerre, au Canada, où il a servi avec distinction. N'y ayant plus rien à faire dans ce pays, et ne pouvant rester en France, il a pris le parti de servir dans les autres pays. Je puis répondre à V. M., à son sujet, de trois choses : la première, c'est qu'il a beaucoup de valeur; la seconde, c'est qu'il a de la probité; et la troisième, qu'il est d'une des meilleures maisons, je ne dis pas de sa province, mais de tout le royaume. Quant au bon sens, c'est un article dont je ne suis jamais caution pour un Français, et surtout pour un Provençal. Il sait fort bien l'italien et passablement l'allemand; du moins il s'explique assez pour être entendu dans cette dernière langue. Il souhaiterait entrer dans un bataillon franc. Il a environ trente-deux ans,


a M. de Foresta.