<198>les rois vos successeurs ne sauriez trop lui témoigner de reconnaissance. Vous en conviendrez, Sire, lorsque je pourrai parler librement à V. M. Les Autrichiensc ont arrêté, Sire, une lettre en date de Hermannsdorf, du 27 août, que V. M. m'avait fait l'honneur de m'écrire. Ils ont envoyé l'original à Vienne, et en ont donné ici plusieurs copies; j'ai trouvé le moyen d'en avoir une, que je renvoie à V. M. Il n'y a rien que de grand, que de noble et que de vertueux dans cette lettre; elle a donné envie à plusieurs généraux autrichiens de me connaître, mais je n'ai voulu en voir aucun. Je me suis informé, de ceux qui les ont vus, des discours qu'ils ont tenus. Il semble, par ceux du général Brentano, qu'ils font un grand cas du général Wunsch, et qu'ils sont charmés qu'il soit prisonnier. Vous savez déjà sans doute, Sire, que l'on n'a pas causé le moindre dégât à Potsdam, ni à Sans-Souci. Quant à Charlottenbourg, on a pillé les tapisseries et les tableaux, mais, par un cas singulier, on a laissé les trois plus beaux, les deux enseignes de Watteaua et le portrait de cette femmeb que Pesne a peinte à Venise. Quant aux antiques, on les a seulement renversées par terre; les têtes et les bras de quelques-unes sont cassés,c mais comme on les a trouvés auprès des figures, cela sera fort aisé à raccommoder. L'on n'a rien fait aux plafonds ni aux dorures. Le concierge ayant été obligé de se sauver en chemise, moitié mort, à Berlin, j'ai envoyé, au moment où les Russes se sont retirés, un de mes domestiques avec l'inspecteur des tableaux de la galerie de V. M.d Le tout a été remis dans l'ordre. Le concierge est retourné aujourd'hui. Ainsi ce pillage a fait plus de bruit que d'effet, et, aux meubles et aux tableaux près, tout peut être rétabli dans huit jours.


c Ce ne furent pas les Autrichiens, mais les Cosaques qui interceptèrent la lettre du Roi, le 8 septembre 1760, près de Herrnstadt. Voyez la Correspondance de M. le marquis de Montalembert. t. II, p. 276 et 277.

a L'un des tableaux dits les enseignes d'Antoine Watteau (mort à Nogent près Paris, en 1721) représente l'intérieur de la boutique d'un marchand de tableaux; l'autre enseigne en est le pendant. Voyez t. XV, p. 207, t. XVII, p. 163, et t. XVIII. p. 58.

b La danseuse Reggiana, demi-figure.

c Voyez t. XVIII, p. 137.

d Voyez t. XVIII, p. 58, et ci-dessus, p. 110.