<196>mots tout ce qui s'est passé, dans la plus exacte vérité, et comme en ayant été témoin oculaire.

Vers la fin du mois de septembre, il arrive un avocat de Glogau, nommé Sack, à Berlin, qui était envoyé du général Tottleben pour terminer ses affaires avec le banquier Splitgerber. Cet homme ayant eu une conversation particulière avec notre commandant, celui-ci en parut frappé comme d'un coup de foudre; pendant deux jours il semblait qu'il avait appris la plus terrible nouvelle. Enfin, sa frayeur se communiqua à tout Berlin, et, comme on en ignorait la cause, le bruit se répandit que V. M. avait été blessée mortellement. Cette fausse nouvelle jeta toute la ville dans la plus grande consternation. Quant à moi, j'en pris une fièvre avec des convulsions. J'avais reçu une lettre de V. M., datée du 18; mais l'on disait que vous aviez été blessé le 19. Enfin, pour mon bonheur et pour celui de toute la ville, M. Köppena reçut une de vos lettres, datée du 21, et le calme fut rétabli. Le lendemain, tous les généraux s'assemblèrent, et l'on sut que ce qui avait causé la frayeur du commandant était la crainte d'une irruption des Russes dans le Brandebourg. Trois jours après,b le général Tottleben parut à nos portes, et fit sommer la ville. Comme il n'avait que des troupes irrégulières, on résolut de se défendre. Il tira des boulets rouges et des bombes depuis cinq heures du soir jusqu'à trois heures du matin; il fit donner deux assauts à deux différentes portes; mais il fut toujours repoussé avec perte par nos bataillons de garnison. Il faut, Sire, que je rende ici la justice que tous les citoyens de Berlin doivent au général Seydlitz et au général Knobloch; ce sont ces deux hommes, tous les deux blessés, qui ont passé la nuit à la batterie des portes attaquées, qui vous ont sauvé votre capitale. Le vieux maréchal Lehwaldt a fait aussi tout ce que son grand âge lui permettait de faire. Le lendemain du bombardement, le prince de Würtemberg arriva avec son corps; mais il était si fatigué, qu'on ne put attaquer les Russes que le lendemain. On les poussa jusqu'à Cöpenick, et on résolut de les attaquer le lendemain; mais, comme on apprit que les ennemis avaient été forti-


a Conseiller intime et payeur de l'armée. Voyez t. XVI, p. 24.

b Le 3 octobre 1760. Voyez t. V, p. 89-92.