<68>Mais quoi! l'amour, si plein de charmes,
Ne saurait-il récompenser
Les chagrins, les sanglots, les larmes
Que notre aurore a vu verser?
Il est un amour tout céleste,
L'estime alluma son flambeau;
L'amitié fidèle d'Oreste
Rend son feu plus pur et plus beau.
Cet amour n'a point de bandeau,
Et le mérite manifeste
Lui sert de guide et de suppôt.
Jamais le soupçon ne l'empeste,
Et jamais le dégoût funeste
Ne trouble son heureux repos;
Il renaît dans la jouissance,
Il ne s'éteint point par l'absence,
Il est réglé dans ses transports;
La douceur et la complaisance
Composent ses charmants accords.
Que cet heureux amour est rare!
Ce phénix n'est qu'en notre esprit;
Mais cet amour triste et bizarre
Qui tantôt gronde et tantôt rit,
Qui plonge l'amant au Tartare,
En remplissant son cœur de fiel,
Pour nos malheurs est plus réel;
C'est une folle fantaisie,
C'est une sombre frénésie.
Alcippe est amoureux, dit-on,
Mais sa farouche jalousie
Lui verse à grands flots son poison.
Doris, jeune, belle, innocente,
Une Lucrèce en chasteté,
Une Vénus par sa beauté,
Captive sa flamme inconstante.
Par les liens d'hymen unis,