<537> que je me fais des choses, m'ont déterminé à prendre la défense de mes confrères, pour empêcher que ces injures, souvent répétées par de tels auteurs, n'obtinssent, par l'habitude et à force d'y accoutumer les oreilles du public, la sanction d'une opinion reçue et indubitable. Mon auteur m'apprend que mes confrères les rois sont une espèce d'imbéciles qui ne savent ni lire ni écrire; j'ai lu comme un bénédictin, et j'ai barbouillé du papier à l'envi du folliculaire le plus affamé; c'est donc à moi à plaider leur cause. J'envoie mon factum à Anaxagoras,a qui sera notre juge; et même, s'il le trouve à propos, il peut présenter l'ouvrage à la cour, assuré par ce moyen d'obtenir la première place de l'Académie des sciences. Badinage à part, cet ouvrage est très-licencieux et très-indécent. On dirait que l'auteur, comme un chien enragé, attaque tout le monde et se rue sur les passants, également satisfait pourvu qu'il morde; certainement il mérite d'être traité de même. Si la vérité est faite pour l'homme (de quoi je ne suis pas d'accord), s'il faut la lui dire en toute occasion, je me suis réglé sur les préceptes de l'auteur, et je lui ai dit bien sincèrement ce que je pense de son ouvrage; il trouve en moi un disciple obéissant qui, éclairé par sa lumière, se fait un devoir d'imiter son exemple; et comme la vérité est toujours utile aux hommes, je me flatte qu'il approuvera la liberté avec laquelle je la lui dis. Mais quel but ce soi-disant philosophe se propose-t-il par son ouvrage? De changer la religion? je lui ai démontré que cela est impossible. De réformer les gouvernements? les injures ne les corrigeront point; elles pourront les irriter. Bouleverser les cerveaux de quelques têtes éventées qui, déclamant contre le gouvernement, se feront mettre à la Bastille? c'est un but digne d'un être malfaisant, malicieux et pervers; ce ne doit pas être celui de l'auteur. Veut-il donc devenir le martyr de la religion naturelle? Cela est bien fou; car quand on n'espère rien au delà du tombeau, il faut rendre, autant qu'on le


a Voyez t. IX, p. IX, no XI, et p. 149-175; et t. XXIII, p. 176.