<296>Tout dort, mais Tilly veille; il dispose ses corps,
Il précède l'aurore, il s'approche des forts;
Sur ces puissants remparts privés de leur défense
L'Autrichien cruel monte sans résistance.
Ah! peuple malheureux qu'un fantôme éblouit!
La trahison approche, elle vient, la paix fuit;
La mort, l'affreuse mort paraît dans ces ténèbres,
Et couvre la cité de ses ailes funèbres;
La rage ensanglantée et les sombres fureursa
Des glaives infernaux vont armer les vainqueurs,
La nature en frémit, et le ciel en colère
Fait en vain dans les airs éclater son tonnerre.
Rien n'arrête Tilly; les soldats effrénés,
A la licence, au meurtre, au crime abandonnés,
Ardents, impétueux, frappent, pillent, égorgent;
Du sang des citoyens ces tristes murs regorgent.
Tilly, tranquille et fier de ses affreux succès,
Conduit leur cruauté, préside à leurs forfaits :
Ils forcent les maisons, ils enfoncent les temples,
Le moins féroce même imite ces exemples;
Celui qui leur résiste et celui qui les fuit
Ne saurait éviter le fer qui le poursuit;
Près de sa mère en pleurs l'enfant à la mamelle,
Égorgé sur son sein, tombe et meurt avec elle;
En défendant son fils, le père infortuné
Expire sans venger ce fils assassiné.
On ne voit en tous lieux que des objets horribles;
Ces monstres furieux, aux plaintes inflexibles,


a Ses sombres fureurs. (Variante dé l'édition in-4 de 1760, p. 408.)