<86>étions au camp de Reichenbach, en 1741, j'avais dessein de gagner la rivière de la Neisse par une marche forcée, et de me mettre entre cette ville et l'armée de Neipperg, pour en couper les Autrichiens. Toute la disposition était faite. Il survint des pluies abondantes, qui gâtèrent tous les chemins. Notre avant-garde, qui conduisait les pontons avec elle, ne put point avancer. Le jour de la marche, il fit un brouillard si épais, que les gardes d'infanterie qui avaient été dans les villages s'égarèrent et ne purent pas même rejoindre leurs régiments. Cela alla si loin que, au lieu de marcher à quatre heures comme cela était résolu, nous ne pûmes marcher qu'à midi. Ainsi plus de marche forcée; ainsi l'ennemi nous prévint, et un brouillard détruisit tout mon projet.

Une mauvaise récolte dans un pays où l'on veut porter la guerre fera manquer toute la campagne; des maladies qui se mettent dans les troupes au milieu des opérations vous mettront sur la défensive, comme cela arriva l'an 44, en Bohême, par la mauvaise nourriture que les troupes avaient prise.a Je chargeai, pendant la bataille de Friedeberg, un de mes aides de camp de dire au prince Charles qu'il se mît à la tête de ma seconde ligne comme le plus ancien, parce que Kalckstein avait été détaché sur l'aile droite, contre les Saxons. Cet aide de camp fit un quiproquo, et dit au Margrave de former ma seconde ligne de la première. Je m'aperçus encore à temps de ce malentendu, et j'eus le temps d'y remédier. Mais que l'on soit bien sur ses gardes, et que l'on pense qu'une commission rendue de travers peut perdre toutes vos affaires. Si un général devient malade, ou qu'il ait le malheur d'être tué à la tête d'un détachement d'importance, voilà tout d'un coup bien des mesures dérangées, car il faut de bonnes têtes et des génies offensifs pour les détachements, et ces derniers sont rares; je n'en connais dans mon armée que trois ou quatre tout au plus. Si, malgré toutes vos précautions, l'ennemi vient à bout de vous enlever un convoi, toutes vos mesures sont dérangées et vos desseins suspendus. Si vous êtes obligé par des raisons de guerre de faire quelques mouvements en arrière, vous découragez vos troupes. J'ai été assez


a Voyez t. III, p. 85.