<616>autant; et même dans ces trois États l'ordrea fait corps ensemble.b Voilà pour les jésuites.c

Pour M. de Guibert, j'ai cru qu'il avait abjuré son art inhumain entre les mains de Voltaire. Je n'ai pas eu le temps d'entendre sa tragédie; il m'a dit qu'il méditait pour l'année prochaine un voyage au Nord, qu'il passerait par ici, et qu'alors il me lirait sa pièce. Je ne suis fait que pour admirer, et non critiquer ceux qui en savent plus que moi; quelques vers composés pour mon amusement dans une langue étrangère ne me rendent pas assez présomptueux pour me croire maître de l'art. La tragédie m'a paru surtout difficile à traiter; je n'ai pas eu le courage de m'essayer en ce genre,a parce qu'il ne souffre rien de médiocre, et qu'il faut un esprit plus libre de soins que le mien pour se flatter d'y réussir.

A propos d'ouvrages nouveaux, j'ai lu celui d'Helvétius,b et j'ai été fâché, pour l'amour de lui, qu'on l'ait imprimé. Il n'y a point de dialectique dans ce livre; il n'y a que des paralogismes et des cercles de raisonnements vicieux, des paradoxes et des folies complètes, à la tête desquelles il faut placer la république française. Helvétius était honnête homme, mais il ne devait pas se mêler de ce qu'il n'entendait pas; Bayle l'aurait envoyé à l'école pour étudier les rudiments de la logique. Et cela s'appelle des philosophes! Oui, dans le goût de ceux que Lucien a persiflés. Notre pauvre siècle est d'une stérilité affreuse en grands hommes comme en bons ouvrages. Du siècle de Louis XIV, qui


a Au lieu de l'ordre, on lit Londres dans toutes les éditions, et même dans la traduction allemande des Œuvres posthumes, t. XI, p. 163 et 164; mais il est évident que c'est une erreur, répétée par inadvertance. Frédéric dit ci-dessus, p. 334 : « On m'écrit de Paris que les jésuites se reforment en corps. »

b Le 8 février 1776, Frédéric, cédant aux instances de M. de Strachwitz, évêque suffragant de Breslau, décida que les jésuites cesseraient d'exister comme corporation, et qu'ils déposeraient le costume de l'ordre, mais qu'ils continueraient à fonctionner comme instituteurs de la jeunesse dans les écoles catholiques. Voyez Schlesische Provinzial-Blätter. Breslau, 1836, t. CIII, p. 333 et suivantes.

c Voyez ci-dessus, p. 436.

a Voyez t. XIV, p. II, et t. XXI, p. 298, 333 et 334.

b De l'homme, de ses facultés intellectuelles et de son éducation. Voyez t. XXIII, p. 283.