<533>a besoin d'un secrétaire qui travaille pour lui, lorsqu'il a des affaires à traiter avec les Occidentaux; et comme j'ai l'honneur de le servir en cette qualité, je me suis efforcé d'exprimer en velche les sentiments de ce puissant monarque. Il a fait connaissance avec des jésuites géomètres, et comme il les a trouvés entiers dans leurs sentiments, par un jugement précipité il en conclut que tous les géomètres sont dans les mêmes principes; mais j'espère de le faire revenir de ce préjugé, surtout s'il veut se donner la peine de lire le procès de Newton et de Leibniz sur la découverte du calcul infinitésimal, et les écrits du grand Bernoulli et de son frère, qui se faisaient des défis pour résoudre des problèmes. Il serait à souhaiter que personne ne fût plus entier dans ses opinions que les géomètres; que le problème de la chaînette soit applicable au balancier d'une montre, ou que cette courbe ne soit d'aucun usage, cela ne fait de mal à personne. Mais quand il s'agit d'opinions que les bourreaux défendent, et qu'on soutient, au lieu d'arguments, par des supplices et des cruautés énormes, cela passe la raillerie; et vous avez encore en France de ces sortes d'argumentateurs, auxquels il ne manque que l'impunité pour se livrer à toute la fureur du fanatisme. J'ai appris des choses fâcheuses sur ce chapitre, mais que de fortes raisons m'empêchent de publier.

J'ai reçu votre discours et le Dialogue de Des Cartes. Je vous remercie de ce que vous avez prononcé mon nom dans une compagnie de philosophes où mon ignorance ne me permettait pas d'ambitionner un éloge. Le Dialogue de Des Cartes est un ouvrage achevé, et d'autant plus admirable, que la matière convenait à la personne pour laquelle elle était destinée, que l'éloge est ingénieux, fin et vrai. Je ne connais point le roi de Suède; je l'ai entendu applaudir par des connaisseurs, et je serai bien aise de le voir; il n'aura qu'à s'imiter lui-même, et suivre la route qu'il s'est tracée. Mais quel pays pour les arts que la Suède! Un de ses plus savants hommes soutient que le paradis perdu s'est trouvé en Scanie;a un certain Linnaeus, botaniste, assure que


a Olaus Rudbeck, Atland eller Manheim. Atlantica sive Manheim vera Japheti posterorum sedes ac patria. Upsalae, 1675 et années suivantes, trois volumes in-folio.