<172>discernement. Je m'intéresse déjà pour lui; il est doux, tolérant, conciliant; et comme il dit des bons mots, il faut bien que le Saint-Esprit l'inspire. Il ne veut point se faire baiser la mule; il a raison; le crucifix ne doit point être sur sa pantoufle, mais entre ses mains; tout ce qui annonce l'arrogance et l'orgueil ne convient point à des ecclésiastiques auxquels on ne saurait assez répéter que leur divin maître a dit que son règne n'est point de ce monde, et par conséquent le leur encore moins. Je ne sais si les jésuites auront autant à se louer de ce pontife que les séculiers; peut-être trouvera-t-il quelque expédient pour conserver un rejeton de cet arbre autrefois si florissant; mais, quoi qu'il fasse, il sera toujours de cent piques au-dessus de son prédécesseur.

V. A. R. m'écrit qu'elle vit à présent en retraite, éloignée des affaires et du tourbillon du grand monde. Je ne l'en plains pas, car c'est dans cette unique situation que l'on peut goûter du peu de bonheur que comporte notre misérable condition. Mais, dans quelque retraite que vous soyez, madame, vous y brillez à mes yeux plus que si vous étiez sur le premier trône du monde, parce que vous tirez votre éclat de vous-même, et que cette pompe extérieure qu'il faut aux autres pour se faire valoir vous est superflue. Je me suis trouvé reclus depuis un temps, mais bien différemment; la goutte m'a tenu sur le grabat depuis quinze jours, et le premier usage que je fais de l'articulation de mes membres recouvrée est de vous assurer, madame, de toute l'étendue de la haute estime et de la considération avec laquelle je suis, etc.

Je vous demande mille pardons, madame, d'avoir oublié de vous répondre sur le sujet du comédien. Vos recommandations ont tout le poids quelles peuvent avoir sur ma volonté; mais, madame, je dois dire à V. A. R. que nous avons un entrepreneur; ainsi ce que j'ai pu faire a été de recommander au sieur Fiervillea ce comédien, en y ajoutant toutes les instances de ma part pour le faire recevoir.


a Voyez Urkundenbuch zu der Lebensgeschichte Friedrichs des Grossen, von J. D. E. Preuss, t. III, p. 149, nos 3 et 4; voyez aussi t. XX, p. 113 de notre édition.