<V>

Ce frère qui n'est plus, et vous, ô tendre sœur!
Vous, qui ne respirez que dans ce triste cœur?a

On pourrait aisément multiplier les citations analogues, qui prouveraient que la douleur de Frédéric fut aussi durable que sincère et profonde. Il ne se contenta pas d'honorer lui-même la mémoire de sa sœur bien-aimée; il engagea Voltaire à la célébrer dans une poésie digne d'elle.b C'est un sujet qui reparaît souvent dans sa correspondance avec le poète français. En toute occasion et en tout temps, il chercha à soulager sa douleur par les témoignages de son affection pour l'amie qu'il avait perdue. Il y avait dix ans qu'elle n'était plus lorsqu'il fit élever en son honneur le temple de l'Amitié qu'on voit encore aujourd'hui dans le parc de Sans-Souci.c Enfin le souvenir de la princesse Wilhelmine se retrouve continuellement dans les conversations, dans les lettres et dans les poésies du Roi. Mais c'est dans son Histoire de la guerre de sept ans (t. IV, p. 252 et 253) et dans l'Épître à Mylord Marischal sur la mort du maréchal Keith (t. XII, p. 111-113) que le monarque a exprimé avec le plus de naturel et de force la douleur que lui faisait éprouver la perte de la Margrave. Ces pages honorent la sensibilité de celui qui les a écrites, autant que les qualités de celle qui les a inspirées. Pour compléter ces citations, nous recommandons au lecteur de consulter encore les endroits suivants : t. X, p. 185; t. XI, p. 39; t. XII, p. 40, 86, 101, 108-116; t. XIV, p. 114 et 181; et t. XVI, p. 31, 34, 41, 73, 81, 82, 83, 84 et 86.

Frédéric et la Margrave s'écrivaient toujours en français. Il ne nous manque presque aucune de leurs lettres, parce que chacun des deux illustres correspondants conservait soigneusement celles qu'il recevait de l'autre. La première des lettres de Frédéric est datée de Dresde, 26 janvier 1728, et signée : Frédéric le Philosophe. Il y parle des amusements que lui offrait la capitale de la Saxe, et des personnes qu'il y voyait Le ton en est amical et naturel, ainsi que celui


a Voyez t. XII, p. 214.

b Voyez t. XXIII, p. 24-30, 37, 38, 42-45; t. XIX, p. 72.

c Il y a dans ce temple une statue en marbre qui représente la Margrave assise. Cette statue est l'ouvrage des frères Jean-David et Laurent-Guillaume Ränz, de Baireuth; ces mêmes artistes ont également exécuté, en 1777, celle du général Winterfeldt, une des six qui ornent la place Guillaume, à Berlin. Voyez H.-L. Manger, Baugeschichte von Potsdam, p. 315 et 316. On trouve ci-dessous, p. 364, une vignette représentant le temple de l'Amitié.