300. AU PRINCE HENRI.

(Potsdam) 1er avril 1778.



Mon très-cher frère,

J'ai déjà fait écrire pour Marwitz473-a comme vous le désirez, mon cher frère. J'ai notifié à Magdebourg, en Prusse et en Westphalie que ces régiments formeront votre armée, et j'envoie Pfau à Berlin, avec la liste où ils se trouveront chaque jour, pour recevoir vos ordres. Je ne sais quels contes on fait à Berlin; je voudrais qu'on berçât les Autrichiens de pareilles billevesées. Mais il sera bientôt temps que les magasins de fourrage et la farine partent de Magdebourg pour Torgau, où, quand même ils s'y trouveraient quelques jours trop tôt, ils n'auraient rien à risquer. Mes nouvelles de Vienne me préparent à une<474> prompte rupture. Cobenzl a reçu un courrier; je crois que c'est pour se préparer à son départ. Nous travaillons à présent à une association des cercles en forme de ligue, et j'espère d'en assembler beaucoup. Les régiments de Wésel n'ont pas encore ordre de marcher, parce que j'attends si les Hollandais voudront y mettre garnison, ou qui nous y pourrons mettre ad interim. Les lettres de Russie sont admirables; j'envoie aujourd'hui par courrier à l'Impératrice la lettre du prince de Deux-Ponts. Point encore de courrier de France. Je viendrai dans peu à Berlin;474-a il faut que je sois le 8 à Breslau, pour avoir soin de mes propres affaires. Ainsi, mon cher frère, vous veillerez d'ici aux affaires de la Saxe; mais je vous conjure d'agir plutôt trop tôt que trop tard, car je vous jure qu'il ne s'agit pas de badiner avec messieurs les Autrichiens. Je suis, etc.


473-a Le colonel de Marwitz, précédemment dans les gendarmes, avait été commissaire des vivres de l'armée du prince Henri dans sa campagne de 1760 contre les Russes.

474-a Frédéric arriva le 5 à Berlin, et en partit le 6 pour Breslau. Voyez t. VI, p. 160.