111. DU PRINCE HENRI.

Hoff, 22 février 1762.



Mon très-cher frère,

Un est bien plus sensible aux maux d'autrui lorsqu'ils sont analogues aux nôtres; vous pouvez donc juger que, avec tout l'intérêt que je prends à votre santé, j'ai encore celui de partager vos peines par les épreuves que j'en fais. Je souhaite que votre santé, qui se rétablit, s'affermisse entièrement pour l'été et pour toujours.

La comédie allemande n'est pas un spectacle digne de vous; je ne m'étonne nullement que vous ne la fréquentiez pas; le théâtre allemand est bien éloigné encore d'atteindre à cette perfection où la plupart des autres nations sont arrivées, et les platitudes d'un Hanswurst n'attireraient guère votre attention dans un temps où les objets les<275> plus agréables auraient de la peine même à vous distraire des grandes occupations que vous avez. En général, le grand spectacle du monde offre assez de quoi occuper un esprit qui pense. Heureux tous ceux qui peuvent contempler les vicissitudes des choses humaines sans se trouver engagés dans le tourbillon qui bouleverse, altère, et se joue des hommes ....