183. DE VOLTAIRE.

Juin 1742.

Sire, me voilà dans Paris;
C'est, je crois, votre capitale.
Tous les sots, tous les beaux esprits,

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Gens à rabat, gens à sandale,
Petits-maîtres, pédants rigris,112-a
Parlent de vous sans intervalle.
Sitôt que je suis aperçu,
On court, on m'arrête au passage.
Eh bien! dit-on, l'avez-vous vu,
Ce roi si brillant et si sage?
Est-il vrai qu'avec sa vertu
Il est pourtant grand politique?
Fait-il des vers, de la musique,
Le jour même qu'il s'est battu?
Comment, à lui-même rendu,
Le trouvez-vous sans diadème,
Homme simple redevenu?
Est-il bien vrai qu'alors on l'aime
D'autant plus, qu'il est mieux connu,
Et qu'on le trouve dans lui-même?
On dit qu'il suit de près les pas
Et de Gustave, et de Turenne,
Dans les camps et dans les combats,
Et que le soir, dans un repas,
C'est Catulle, Horace et Mécène.
A mes côtés un raisonneur,
Endoctriné par la gazette,
Me dit d'un ton rempli d'humeur :
Avec l'Autriche on dit qu'il traite,
Non, dit l'autre, il sera constant,
Il sera l'appui de la France.
Une bégueule, en s'approchant,
Dit : Que m'importe sa constance?
Il est aimable, il me suffit;
Et voilà tout ce que j'en pense;
Puisqu'il sait plaire, tout est dit.
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Thieriot ......................

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Envoyer au Roi des fromages,
Et les emballer prudemment
Dans certains modernes ouvrages.
Thieriot me dit tristement :
Ce philosophe conquérant
Daignera-t-il incessamment
Me faire payer mes messages?
Ami, n'en doutez nullement;
On peut compter sur ses largesses;
Mon héros est compatissant,
Et mon héros tient ses promesses;
Car sachez que, lorsqu'il était
Dans cet âge où l'homme est frivole,
D'être un grand homme il promettait,
Et qu'il a tenu sa parole.

C'est ainsi que tout le monde, en me parlant de V. M., adoucit un peu mon chagrin de n'être plus auprès d'elle. Mais, Sire, prendrez-vous toujours des villes, et serai-je toujours à la suite d'un procès? N'y aura-t-il pas, cet été, quelques jours heureux où je pourrai faire ma cour à V. M., etc.?


112-a Rigri, mot injurieux employé par le petit peuple de Paris, et signifiant une espèce de vilain et de ladre. Voyez la Prude de Voltaire, acte II, scène III; Œuvres, édit. Beuchot, t. V, p. 390 et 467.