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1. A M. DE BEAUSOBRE.

Potsdam, 8 janvier 1737.

Monsieur, je vous suis fort obligé du factum ou de la réfutation de MM. de Trévoux,129-a que vous venez de m'envoyer; je l'ai lue tout aussitôt d'un bout à l'autre, et, sans parler de la façon dont vous mettez votre innocence au jour, j'ai trouvé que vous avez drapé ces messieurs d'une façon qui ne les fera pas rire. Vous avez cité tous les endroits d'où vous prenez les pièces que vous alléguez contre eux, et je crois que si ces messieurs ne s'étaient pas précipités dans leur journal en faisant ces libelles contre votre Histoire, qu'ils s'en garderaient à présent. La pièce que vous venez de faire contre eux leur apprendra à devenir plus circonspects à l'avenir, et à ne plus attaquer des personnes qui leur sont supérieures en toute façon. Je souhaite, monsieur, pour le bien public, que votre âge et votre santé vous permettent longtemps d'éclairer le monde, tant en faisant connaître la vérité qu'en découvrant l'erreur et le mensonge. Il est digne d'une belle âme comme la vôtre d'excuser l'innocence accusée à faux, de lui prêter vos armes pour la défendre, et de vous exposer vous-même aux traits injurieux de la critique et de la satire pour l'amour de la<130> vérité. Souffrez que je vous le dise, ce caractère est fort rare dans le monde, surtout chez ceux de votre profession; vous en êtes d'autant plus estimable. Je serais charmé, monsieur, si j'avais occasion de vous donner des marques de la mienne, étant votre très-bien affectionné

Frederic.


129-a Les Mémoires de Trévoux (février 1735, p. 279, et janvier 1736, p. 5) ayant attaqué l'Histoire de Manichée et du manichéisme, par M. de Beausobre, A Amsterdam. 1734, 2 vol. in-4, l'auteur réfuta vigoureusement ses adversaires dans la Bibliothèque germanique. Année 1737. Amsterdam, t. XXXVII, p. 1-72.