20. AU MÊME.

Ruppin, 13 octobre 1732.



Mon très-cher ami,

J'ai reçu avec bien du plaisir les deux lettres que vous avez eu la bonté de m'écrire, et je vous assure que je me suis représenté le repas que vous avez donné au Roi, tout comme si j'y avais été. La scène de Nossig m'a beaucoup déplu, car les jeux de main finissent mal, pour l'ordinaire. Je serais fort surpris, si le Roi mettait Degenfeld à la tête des gendarmes, et, à vous dire la vérité, je doute beaucoup que cela se fasse. Pour ce qui regarde M. Hille, j'espère qu'il tâchera de se faire des amis en Prusse; c'est une chose essentiellement nécessaire à chacun, et principalement quand on est dans un pays étranger. Ce que vous me mandez, mon cher général, des nouvelles que l'on débite sur mon compte en Poméranie, je puis vous assurer que j'en suis fort en repos, car, quand on n'a rien à se reprocher, alors l'on peut aller le nez en l'air. Mais je suivrai pourtant votre conseil, et je dirai, sans faire semblant de rien, à Wolden que j'avais entendu que l'on débitait tant de nouvelles sur mon compte, et que jusqu'en Poméranie il y avait des personnes médisantes qui se mêlaient de raisonner sur mon chapitre, et que, si j'apprenais un jour<72> de qui cela pouvait venir, je tâcherais de m'en venger. Je vous débrouillerai toute l'affaire de l'Anschlag vont Amt Ruppin. J'ai écrit au Roi que, selon ses ordres, je ferai l'Anschlag; ensuite, lui faisant rapport de ce que j'avais déjà vu, je lui ai dit que je trouvais que tout avait été fait avec une grande accuratesse, et que je craignais fort que je ne pouvais pas faire beaucoup plus que le dernier Anschlag avait été. J'ai vu les Anschläge, car le bailli les a, et j'ai écrit au Roi dass ich nicht viel vom Vorigen würde ändern können. C'est pourquoi il a fait venir le General-Anschlag, afin que je ne le puisse pas copier mot à mot. Je suis tout hors d'affaire, car, entre nous soit dit, je trouverai un plus de cinquante ou soixante écus tous les ans, sans charger les paysans. Rohwedell m'aide à dire la vérité, car sans cela il n'y aurait pas moyen d'y suffire. J'espère avoir achevé le tout dans trois semaines. J'attends le Landmesser, qui doit arriver tous les jours, et je vous prie de me croire bien cordialement et sincèrement, etc

Puisque vous voulez, l'Excellence sera retranchée des couverts. Mais si c'en est trop, je vous prie de ne m'en pas imputer la faute, car personne ne sait plus mal titrer que moi. A peine tiens-je les noms des gens, et il me suffit de savoir qu'ils sont honnêtes gens; pour le reste, je donne comte, marquis, duc, cousin, Excellence, frère, etc., à tort et à travers, sans savoir si je fais bien, ou non.