<84> leurs ennemis le temps et les moyens de leur porter les coups les plus dangereux. L'Électeur établit ses quartiers depuis Colmar jusqu'à Masmünster, et les Impériaux bloquèrent Brisach.

Turenne était toujours bien fort vis-à-vis d'une armée où régnait la discorde. Il reçut un secours de dix mille hommes de l'armée de Flandre; après avoir reculé comme Fabius, il avança comme Annibal.

L'Électeur avait prévu ce qui devait arriver, et il avait conseillé à Bournonville, à différentes reprises, de resserrer ses quartiers éparpillés. Bournonville était confiant; la retraite des Français l'endormait dans une sécurité dont on ne put pas le faire sortir; il ne voulut jamais consentir à rapprocher ses quartiers. Cependant Turenne passe les défilés de Thann et de Belfort, pénètre dans les quartiers des Impériaux, en enlève deux, fait prisonnier un régiment des dragons brandebourgeois,20 bat Bournonville dans le Sundgau auprès de Mühlhausen, et poursuit ce général, qui se joint en hâte à l'Électeur, qui avait assemblé ses troupes à Colmar. Turenne arrive, il présente sa première ligne vis-à-vis du front de ce camp, qui était inattaquable, et le tourne avec la seconde. L'Électeur, posté dans un terrain serré, pris en flanc par Turenne, et contrarié par Bournonville, décampa pendant la nuit, et repassa le Rhin à Strasbourg. Les Impériaux levèrent le siége de Brisach, et les Français devinrent les maîtres de l'Alsace. Frédéric-Guillaume prit ses quartiers en Franconie avec ses Brandebourgeois.

Les mauvais succès que l'Électeur eut dans cette campagne, ne doivent pas surprendre ceux qui connaissent les principes selon lesquels se conduit la cour de Vienne. Les ministres de l'Empereur étaient bien inférieurs aux ministres du roi de France, et Bournonville ne pouvait pas se comparer à Turenne. A Vienne, des ministres qui n'étaient que politiques, dressaient dans la retraite de leur cabinet


20 Régiment de Spar [Spaen].