<23> le titre de Défenseur de la Foi, parce qu'il avait écrit contre Luther, Henri VIII, devenu amoureux d'Anne de Boleyn, et ne pouvant persuader le Pape de rompre son mariage avec Catherine d'Aragon, s'en sépara de sa propre autorité. Clément VII, qui succéda à Léon X,a l'excommunia imprudemment; et dès l'année 1533, il secoua le joug du pape : il se fit pape à Londres, et fraya lui-même le chemin à la nouvelle religion qui s'établit après lui en Angleterre.

Si donc on veut réduire les causes des progrès de la réforme à des principes simples, on verra qu'en Allemagne, ce fut l'ouvrage de l'intérêt; en Angleterre, celui de l'amour; et en France, celui de la nouveauté ou peut-être d'une chanson. Il ne faut pas croire que Jean Huss, Luther ou Calvin, fussent des génies supérieurs; il en est des chefs de sectes comme des ambassadeurs : souvent les esprits médiocres y réussissent le mieux, pourvu que les conditions qu'ils offrent soient avantageuses. Les siècles de l'ignorance étaient le règne des fanatiques et des réformateurs; il semble que l'esprit humain se soit enfin rassasié de disputes et de controverses : on laisse argumenter les théologiens et les métaphysiciens sur les bancs de l'école; et depuis que dans les pays protestants les ecclésiastiques n'ont plus rien à perdre, les chefs des nouvelles sectes n'ont plus rien à gagner.

L'électeur Joachim II acquit, par la communion sous les deux espèces, les évêchés de Brandebourg, de Havelberg et de Lebus, qu'il incorpora à la Marche.

Il n'entra point dans l'union que les princes protestants firent à Smalcalde, en 1535;b et il maintint la tranquillité dans l'Électorat, tandis que la guerre désolait la Saxe et les pays voisins. La guerre de religion commença en 1546, et finit par la paix de Passau et d'Augsbourg.


a Entre le règne de Léon X et celui de Clément VII il y eut encore celui d'Adrien VI, mort en 1523.

b 27 février 1531.