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ESSAI SUR LES FORMES DE GOUVERNEMENT ET SUR LES DEVOIRS DES SOUVERAINS.

Nous trouvons, en remontant à l'antiquité la plus reculée, que les peuples dont la connaissance nous est parvenue menaient une vie pastorale, et ne formaient point de corps de société : ce que la Genèse rapporte de l'histoire des patriarches en est un témoignage suffisant. Avant le petit peuple juif, les Égyptiens devaient être de même éparpillés par familles dans ces contrées que le Nil ne submergeait pas; et sans doute il s'est écoulé bien des siècles avant que ce fleuve, dompté, permît aux régnicoles de se rassembler par bourgades. Nous apprenons par l'histoire grecque le nom des fondateurs des villes et celui des législateurs qui les premiers les rassemblèrent en corps; cette nation fut longtemps sauvage, comme le furent tous les habitants de notre globe. Si les annales des Étrusques, des Samnites, des Sabins, etc. nous étaient parvenues, nous apprendrions assurément que ces peuples vivaient isolés par familles avant de s'être rassemblés et réunis. Les Gaulois formaient déjà des associations du temps que Jules César les dompta. Mais il paraît que la Grande-Bretagne n'était pas perfectionnée à ce point lorsque ce conquérant y passa pour la première fois avec les troupes romaines. Du temps de ce grand homme, les Germains ne pouvaient se comparer qu'aux Iroquois, aux Algonquins et pareilles nations sauvages; ils ne vivaient que de la chasse, de la pêche, et du lait de leurs troupeaux. Un Ger-