<108>prodiguant des assurances d'amitié, entretenait des intelligences secrètes avec les généraux autrichiens, et les avertissait de toutes les choses qu'elle était à portée d'apprendre. Ces menées extraordinaires donnèrent lieu aux précautions que l'on prit pour découvrir cette correspondance. Comme on fouillait exactement aux portes tous les ballots, les marchandises et les paquets qui venaient de Bohême, on ouvrit un jour une caisse de boudins adressés à madame Ogilvie, grande maîtresse de la Reine, qui avait des terres aux environs de Leitmeritz; en examinant ces boudins on les trouva tous farcis de lettres. Cette découverte rendit la cour plus retenue dans ses correspondances. Cependant le même train continuait toujours, avec la différence qu'elle s'y prit avec plus de finesse. Ce n'était pas où se bornait la mauvaise volonté de la Reine; car elle envoyait des émissaires dans toutes les garnisons où le Roi formait ces régiments nouvellement levés des Saxons pris au Lilienstein; elle les faisait exciter à la sédition, aux révoltes et à la désertion. Elle en débaucha beaucoup, et fut cause qu'au commencement de la campagne des corps entiers se soulevèrent, et prirent la fuite chez les ennemis.

Le dessein du roi de Pologne et de ses alliés était de rétablir ces corps en Hongrie, pour les mettre sur le pied où ils étaient avant que les Prussiens les prissent : ils assemblèrent des soldats; mais manquant d'officiers, ils eurent recours à un moyen dont l'histoire ne fournit aucun exemple qu'il ait été pratiqué par les princes laïques : l'Impératrice-Reine et le Roi Très-Chrétien dispensèrent les officiers saxons de la parole d'honneur qu'ils avaient donnée aux Prussiens de ne plus servir contre eux, et beaucoup d'officiers furent assez lâches pour leur obéir. Dans des siècles d'ignorance on trouve des papes qui relevaient les peuples du serment de fidélité qu'ils avaient prêté à leurs souverains; on trouve un cardinal Julien Césarini qui oblige un Ladislas, roi de Hongrie, à violer la paix qu'il avait jurée à Soliman.a Ce crime, qui autorisa le parjure, n'avait été que celui de quelques pontifes


a Ce fut au sultan Amurat II que le roi Ladislas jura sur l'Évangile de garder la paix qu'il venait de conclure avec lui; le serment fut prêté et la dispense accordée dans l'été de 1444. Voyez J. de Hammer, Geschichte des Osmanischen Reiches, 2e édition, t. I, p. 350 et 353.