<632>position dont V. M. donne l'exemple, quoi qu'en disent ceux qui ne la connaissent pas, et qui ne veulent pas sentir que plus on hait la guerre, plus on se tient prêt à la faire avec supériorité. C'est ce qui manquait au roi que nous avons perdu, et sur lequel V. M. pense avec tant de vérité et de justice. La fermeté lui manqua; ce défaut a causé les malheurs de son règne; avec cette vertu il eût été un excellent prince. Son successeur, qui ne règne que depuis quatre mois, montre une volonté bien décidée de faire le bien, et de ne vouloir que d'honnêtes gens pour ministres. Il y paraît par tous les choix qu'il a faits jusqu'à présent. Il vient surtout de prendre pour contrôleur général un des hommes les plus éclairés et les plus vertueux de ce royaume;a et si le bien ne se fait pas, il faut en conclure que le bien est impossible. Les ministres qu'il a renvoyés étaient l'horreur de la nation, et leur expulsion a causé une joie universelle. D'autres grands fripons, quoique subalternes, mais dans des places importantes, ont aussi été chassés; et comme il en reste encore quelques-uns, le public espère que le Roi fera enfin maison nette. Je ne suis ni enthousiaste ni flatteur, mais je fais avec toute la France des vœux pour ce prince, qui s'annonce d'une manière si désirable.

Je ne parle plus des jésuites; j'espère que la conduite de V. M. à leur égard leur apprendra la tolérance qu'ils ont si peu pratiquée. Mais, tout éloigné que je suis de leur vouloir aucun mal, au moins comme citoyens et comme hommes, je serais très-affligé de les voir comme jésuites dans des États où ils pourraient faire à leur aise tout le mal qu'ils ne pourront ou n'oseront faire dans les États de V. M.

Quoi qu'on ait pu écrire de Russie, de Danemark même, et de Laponie ou d'Islande, sur M. de Crillon, je prends la liberté, Sire, de persister dans ce que je pense de lui, et je suis seulement fâché que le grand Frédéric ne l'ait pas assez vu pour lui rendre la justice que des juges assez peu redoutables lui ont refusée.

Quant à M. de Guibert, comme V. M. le connaît, et que les Russes et les Islandais n'en ont point écrit de mal, je suis encore plus tranquille sur le jugement que j'en ai porté, après celui que V. M. en a porté elle-même. Il désirait beaucoup d'aller encore


a Turgot. Voyez ci-dessus, p. 603.