<154>mission dont vous avez bien voulu me charger pour une certaine princesse. Je savais que je ne pouvais mieux lui faire ma cour qu'en lui disant que V. M. s'empresse d'avoir son portrait. Elle ne l'a point oublié; mais, ne sachant pas manier le crayon avec la même promptitude qu'un grand roi manie l'épée et la plume, l'ouvrage n'avance que lentement. D'ailleurs, quoi qu'elle puisse faire, il ne réussira jamais au gré de ses désirs. Elle voudrait, Sire, que vous lisiez, dans la copie de ses traits, les sentiments qui animent l'original; mais le crayon et la plume sont également faibles lorsqu'il s'agit de peindre à V. M. l'admiration et la haute estime avec laquelle je ne cesserai d'être, etc.

98. A L'ÉLECTRICE MARIE-ANTONIE DE SAXE.

Le 3 mai 1768.



Madame ma sœur,

Je n'ai jamais douté qu'une princesse aussi éclairée que Votre Altesse Royale n'aurait des sentiments modérés, que lui inspire sa sagesse. Comment, madame, aurais-je osé vous écrire, si vous m'envisagiez comme un gibier d'enfer, comme un damné en herbe, qui n'attend que le moment de maturité pour être dévolu à jamais aux griffes de messire Satan? Je connais peu de saints; je me rends justice, je sens que je suis peu fait pour vivre avec eux; il faut des âmes grandes et pleines de tolérance pour me supporter, et c'est à celles-là que je m'adresse par préférence. Les rigoristes en tout genre sont des espèces de tyrans dont les hommes libres fuient la gêne et la servitude. V. A. R. pense de même; elle ne veut ni opprimer, ni qu'on opprime. Le saint-père aurait dû faire ces réflexions; toutefois un bruit sourd se répand qu'il ne s'en tiendra pas à son premier anathème, mais qu'une bulle fulminante va paraître contre le Très-Chrétien, le Très-Catholique, et le Très-Fidèle. Si cela est, je crois, madame, que le