<390>Le maréchal de Saxe est encore entre quatre ou cinq planches de sapin qui forment une misérable armoire où est son cercueil. Je crains bien qu'il ne soit encore aussi mal logé pendant longtemps, et que ce mausolée qu'on lui destinaita n'ait le sort de celui du cardinal de Fleury.

Les jésuites sont ici fort gais et fort tranquilles, ainsi que dans toute la Lorraine; c'est de ces deux provinces qu'ils se répandront un jour en France, et, semblables à des bêtes féroces sortant de leurs tanières, ils déchireront impitoyablement ceux qui les ont persécutés. Je ne verrai pas cet événement; mais V. M., qui est encore jeune, en sera le témoin. Il faut avouer qu'il y a dans toute cette affaire des jésuites bien de l'inconséquence. Si V. M. veut me faire la grâce de me répondre, je la prie d'adresser sa lettre : A mon chambellan le marquis d'Argens, à Aix en Provence. J'ai l'honneur, etc.

293. AU MARQUIS D'ARGENS.

Le 25 octobre 1764.

Je viens de recevoir votre lettre datée de Strasbourg, et je vous félicite d'avoir regagné le pays des Sybarites. J'espère que, chemin faisant, vous ferez divorce avec les rhumatismes, les hémorroïdes, les esquinancies et toutes les maladies quotidiennes dont vous aviez fait provision pour le voyage. Je vous compte rendu à Aix vers la fin de novembre, car je crois que le colosse


a Le monument du maréchal de Saxe a été exécuté, en 1777, par le sculpteur Pigalle. Il se trouve dans l'église de Saint-Thomas, à Strasbourg.