22. A LA MÊME.

Neustadt (près de Meissen), 22 novembre 1760.



Madame,

Après que ma vie errante m'a promené depuis près de six mois de province en province, ce m'est, madame, une véritable consolation de recevoir de vos nouvelles et d'apprendre par vous-même la part que vous daignez prendre à quelques succès qui ont accompagné nos entreprises. Il est sûr que la guerre présente se distingue de toutes les autres par un certain acharnement opiniâtre et atroce qui caractérise l'esprit de nos politiques modernes. Cette campagne a été pour moi la plus cruelle de toutes. Il n'y a pas eu moyen de déloger l'ennemi de son poste avantageux auprès de <190>Dresde. Nous allons prendre nos quartiers. Les circonstances m'obligeront d'avoir une tête à Altenbourg; ce sera cependant en regardant ce pays comme un sanctuaire. J'ai chargé, madame, votre cavalier d'une proposition; je ne sais si elle sera acceptable. J'ose vous demander deux mots de réponse.

Le Mercure a eu un sort singulier. D'Angleterre il est retourné à Paris, où on l'a mis à la Bastille; puis on l'a relâché et obligé de sortir du royaume, en prenant la route de Turin. Il y a quatre mois qu'il m'en a fait une relation qui mériterait d'être imprimée pour l'extravagance originale et le ridicule des procédés qu'on a eus envers lui. Depuis ce temps, madame, il n'a plus donné signe de vie, de sorte que, s'il n'est pas encore à Turin, je ne saurais vous donner de ses nouvelles.

Tous les arrangements que je prends, et ceux du prince Ferdinand, tendent, madame, à vous délivrer de l'importunité de vos voisins. Dans peu je me flatte que vous en verrez les effets. Mais sera-ce encore à recommencer l'année prochaine?

Je me flatte, madame, que vous voudrez me permettre de vous écrire dans des moments où j'aurai l'esprit plus libre qu'à présent, et je me réserve de vous réitérer alors les assurances de la haute considération, de l'estime et de l'amitié avec laquelle je suis,



Madame,

Votre fidèle ami et cousin,
Federic.