<53>que je vous ai faites, à tant de différentes reprises, de vous faire un établissement solide dans lequel vous auriez même eu lieu d'être content de ma générosité. Mais le mépris que vous faisiez d'une nation trop sotte pour avoir le bonheur de vous posséder vous a fait constamment refuser tous les avantages que j'avais intention de vous faire; de façon que c'est à vos propres refus que vous avez lieu de vous en prendre, si votre intérêt n'a pas trouvé son compte à Berlin. Votre mérite, il est sûr, est impayable; mais c'est par cette même raison que, tout roi que je suis, je me trouve dans l'insuffisance de le récompenser, et réduit à la simple admiration. Il ne me reste qu'à chérir votre esprit malgré l'absence, et d'estimer votre personne, que vous m'avez jugé indigne de posséder. Ce sont les sentiments que je vous conserverai toujours, incapable de présumer trop bien de moi-même pour le langage flatteur que vous tenez, mais aussi incapable de vous faire injustice sur votre esprit et vos talents, dont je serai toujours l'admirateur. Adieu.

38. DU COMTE ALGAROTTI.

Dresde, 24 août 1742.



Sire,

Je ne fatiguerais pas Votre Majesté par mes lettres, s'il ne me semblait que V. M. me fasse un reproche que je ne crois pas mériter. Elle paraît croire que le dieu Plutus puisse me ramener dans ses États. Je crois, Sire, d'être assez esprit fort envers cette divinité, l'objet des vœux de l'univers, tandis que V. M. paraît me supposer bigot à brûler, bien attaché à sa religion. Mais comme la plupart des esprits forts ne laissent pas pourtant de rendre un certain culte à l'Être suprême, celui que je rends à ce dieu est de tâcher de ne point dissiper le peu de bien qu'il m'a donné. Voilà, Sire, l'objet de ma lettre, dans laquelle j'ai pris la liberté de lui représenter l'argent que j'ai dépensé dans mon