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16. AU MÊME.

Wésel, 7 septembre 1740.

De ma chétive infirmerie
A votre superbe hôpital,
Salut à Votre Seigneurie,
A son air grave et magistral.
La fièvre qui me persécute
M'arrête ici cruellement;
De quatre à quatre jours je lutte
Contre son triste acharnement.
Algarotti, dieu du génie
Et de la bonne compagnie,
Dissipe mes désagréments,
Et Maupertuis, qui le seconde,
Pétrit et aplatit le monde,
Afin de distraire mes sens.
Cependant ma rude ennemie
Revient toujours à pas pesants
Ronger la trame de ma vie
Avec ses sanguinaires dents.
Tu sais que du dieu d'Épidaure
Je ne fus jamais sectateur,
Et que, convaincu de l'erreur
Que l'ignare vulgaire adore,
J'ai ri du dupé, du trompeur.
Ainsi, bien qu'elle s'en offense,
Je néglige la Faculté,
Et je laisse à ma tempérance
Tout l'embarras de ma santé.

Je ne sais quand la fièvre me passera, mais elle commence pourtant à diminuer, ce qui me donne bonne espérance qu'elle me quittera bientôt. Pour toutes vos belles nouvelles, je n'en ai aucune autre à vous dire, sinon que je compte de voir Voltaire dimanche. Comme je ne saurais voyager, j'espère qu'il se rendra ici. Je partirai jeudi pour Hamm. J'irai lentement, si la fièvre ne me quitte; mais si je m'en défais, j'arriverai plus promptement. Adieu, cher Jordan,

<69>Que le ciel veuille préserver
De malheur et de maladie,
Pour qu'on puisse le retrouver
Gai, content et rempli de vie!