<219>Ne m'oubliez pas, mon cher comte, et soyez persuadé de l'estime et de l'amitié avec laquelle je suis

Votre très-fidèlement affectionné ami,
Federic.

17. DU COMTE DE SCHAUMBOURG-LIPPE.

Bückebourg, 10 mars 1740.



Monseigneur

La lettre dont Votre Altesse Royale m'a daigné honorer m'a donné les plus vives alarmes pour sa santé. Ce même sujet dont elle ne me parle qu'en passant, c'est celui qui seul peut m'importer. Il ne serait pas besoin de ma soumission et de mon attachement personnel pour V. A. R. pour me faire envisager tout ce qui peut altérer sa santé, abréger ses jours, comme le plus grand des malheurs; il suffit pour cela de vouloir le bien de la société humaine en général.

Que je me trouve heureux, monseigneur, que V. A. R. a daigné s'apercevoir seulement qu'il y a eu déjà un temps si considérable que je n'ai point eu le bonheur de me trouver auprès d'elle! Que cette marque si éclatante de la continuation de sa protection me va rendre orgueilleux! Certes n'aurai-je rien de plus pressé que de m'aller jeter à ses pieds, si, vers le temps que V. A. R. y jugera convenable, je puis disposer de moi.

« Deux années sont, par rapport à la brièveté de nos jours, autant que des siècles entiers pour l'existence du monde. » Rien n'est plus vrai. V. A. R., sagement économe de ce temps dont elle considère si utilement la brièveté, a su trouver le moyen assuré de vivre le double des jours destinés aux mortels, en faisant un double usage des jours que la Providence lui a destinés pour le bonheur du monde, en faisant plus de bien dans un jour que d'autres n'en font dans des années entières.

Des jours employés de la sorte ne devraient-ils pas être prolongés aux dépens de ceux de tant d'autres qui valent bien moins