<17>mais Esdras, qui compila les ouvrages attribués improprement à Moïse. Ces écrits fanatiques remplirent les Juifs d'un zèle séditieux; ils rompirent tout commerce avec les autres nations; pleins de crédulité pour les rêves de leurs voyants, et pleins d'espérance des grandeurs qu'ils leur promettaient, la nation hébraïque se révolta contre les Romains qui l'avaient subjuguée, et força Titus à détruire Jérusalem et son temple. Il en est de même des Évangiles, qu'on attribue aux apôtres, et des décisions de tant de conciles qui multiplièrent les articles de foi pour étendre leur crédit, et chargèrent maladroitement la mémoire et la crédulité des chrétiens d'un fatras de merveilles incroyables qui donnèrent lieu aux disputes violentes de tant de chefs de sectes différentes qui déchirèrent l'Europe. Enfin, une foule d'ouvrages fanatiques produisirent les croisades, tant de guerres barbares auxquelles la religion servait de prétexte, l'érection d'un tribunal odieux et détesté de l'humanité et de la raison, la Saint-Barthélemy, le massacre d'Irlande, la conspiration des poudres, et tant de régicides dont les plus scélérats des hommes auraient à rougir. Le monde aurait été heureux, si ces scribes, vivant dans une oisiveté parfaite, n'avaient pas été des écrivains laborieux.

Il est donc démontré que l'activité est la mère de tous les crimes; d'où il résulte que l'oisiveté, la paresse et la fainéantise sont les dispositions qui nous approchent le plus de la vertu. En effet, l'action ou le mouvement mettent notre corps et notre esprit en danger. Notre corps risque à se mouvoir; car qui ne marche pas ne saurait tomber; qui ne se confie point à l'élément perfide de la mer ne saurait être englouti par ses ondes; qui se tient enseveli dans son lit, dans un appartement hermétiquement fermé, n'a rien à redouter des fluxions qu'engendrent les vents coulis, et des maux que peut causer le ressort du grand air; enfin, qui ne va pas en carrosse ne saurait être versé. Ces vérités sont trop claires pour qu'on ait besoin d'entasser preuves sur preuves; pour l'affirmer, contentons-nous de rapporter le proverbe d'une nation ingénieuse. Les Italiens disent : Qui sta bene non si move. Célèbres paresseux qui, par une oisiveté réfléchie, connaissez tout l'avantage de l'inaction, ne pensez pas que nous ayons épuisé la matière; il faut prouver que le mouvement est