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XVII. ÉPITRE SUR LA NÉCESSITÉ DE REMPLIR LE VIDE DE L'AME PAR L'ÉTUDE.a

Aimable adolescent, libre dans ta conduite,
Qu'un monde dissipé veut ranger à sa suite,
Sur le point d'avaler ce funeste poison,
Aux bords du précipice écoute la raison.
Puisse ma faible voix te la faire comprendre!
Si tu ne peux la suivre, au moins sache l'entendre.
Jadis, heureusement, nos pères pervertis,
Par l'ange flamboyant chassés du paradis,
Furent bannis par Dieu de la féconde rive
Où des jours indolents formaient leur vie oisive.
Du Très-Haut admirons les sages profondeurs,
Et du sein des chardons voyons naître des fleurs.
Ce séjour fainéant, où, vis-à-vis d'eux-même,
Nos aïeux tristement goûtaient l'ennui extrême,
Se fût changé pour eux, s'il eût duré longtemps,
En un fâcheux désert, plein de désagréments.
Rassasiés bientôt de la monotonie
Qu'un délice éternel eût versé sur leur vie,
Affadis des douceurs d'un fortuné climat,


a Adressée à Voltaire.