<146>Et d'une plaisante censure
Qui pouvait corriger nos mœurs,
Surent affadir de Thalie
Le propos léger, la saillie,
Dont sa morale est embellie;
Et pour comble de leurs erreurs,
Us déguisèrent Melpomène,
Qui vient sur la comique scène
Verser ses héroïques pleurs
Dans les atours d'une bourgeoise
Languissante, triste et sournoise.
Disant d'amoureuses fadeurs.
Dans cette nouvelle hérésie,
On connaît aussi peu le ton
Que doit avoir la comédie
Qu'on trouve la religion
Dans les traits de l'apostasie.

Comme vous n'avez pu réussir à m'attirer dans la secte de La Chaussée,a personne n'en viendra à bout. J'avoue cependant que vous avez fait de Nanine tout ce qu'on en pouvait espérer. Ce genre ne m'a jamais plu; je conçois bien qu'il y a beaucoup d'auditeurs qui aiment mieux entendre des douceurs à la comédie que d'y voir jouer leurs défauts, et qui sont intéressés à préférer un dialogue insipide à cette plaisanterie fine qui attaque les mœurs. Rien n'est plus désolant que de ne pouvoir pas être impunément ridicule. Ce principe posé il faut renoncer à l'art charmant des Térence et des Molière, et ne se servir du théâtre que comme d'un bureau général de fadeurs où le public peut


a Frédéric répondit, le 28 mars 1738, à Voltaire, qui lui avait recommandé le poëte La Chaussée et sa tragédie de Maximien : « Le Maximien de La Chaussée n'est point encore parvenu jusqu'à moi. J'ai vu L'École des Amis, qui est de ce même auteur, dont le titre est excellent et les vers ordinaires, faibles, monotones et ennuyeux. Peut-être y a-t-il trop de témérité à moi, étranger et presque barbare, de juger des pièces du théâtre français; cependant ce qui est sec et rampant dégoûte bientôt. » On comprend que le Roi, partisan des règles classiques, ne pouvait guère goûter le genre de la comédie larmoyante, que La Chaussée voulait introduire. Nivelle de La Chaussée mourut le 14 mars 1754.