<91>inhumainement à la boucherie; et dans de certains cas, ne pas poursuivre l'ennemi pour augmenter sa peur ou faire plus de prisonniers, c'est en quelque façon remettre une chose en question, qui vient d'être décidée. Ce sont ou les vivres ou les fatigues qui empêchent une armée de poursuivre les vaincus. Quant aux vivres, c'est la faute du général. S'il donne bataille, il a un dessein, et s'il a un dessein, il doit préparer d'avance tout ce qu'il faut pour l'exécuter. On tient donc du pain et du biscuit tout prêts pour huit ou dix jours. Quant aux fatigues, à moins qu'elles n'aient été excessives, il faut faire dans des jours extraordinaires des choses extraordinaires. Après avoir vaincu, je veux donc que l'on fasse un détachement des régiments qui ont le plus souffert, qui auront soin des blessés, et qui les feront emporter à l'hôpital qu'on leur a préparé, songeant premièrement aux vôtres, et ne manquant pas d'humanité pour ceux des ennemis. Quant à l'armée, elle poursuivra l'ennemi jusqu'au premier défilé, et dans ces premiers tempsa il ne tiendra nulle part, pourvu qu'on ne lui laisse pas le temps de revenir à lui-même. Cependant campez-vous toujours selon les règles, et ne vous endormez pas. Si la bataille a été bien complète, on peut détacher, ou pour couper la retraite à l'ennemi, ou pour s'emparer de ses magasins, ou pour faire le siége de trois ou quatre villes à la fois. Je ne puis point donner de règle générale là-dessus; il faut se régler sur les événements. J'ajoute seulement qu'il ne faut jamais s'imaginer d'avoir tout fait, lorsqu'il reste encore quelque chose à faire,b ni s'imaginer que votre ennemi, s'il est habile, ne profitera pas de vos fautes, quoiqu'il soit vaincu.


a In der ersten Consternation. (Traduction, p. 173.)

b Voyez t. X, p. 288, et t. XVIII, p. 117 et 118.