12. DE LA MARGRAVE DE SCHWEDT.

Le 1er mai 1765.



Mon très-cher frère,

Il faudrait avoir un cœur bien ingrat et insensible, si je n'étais pénétrée jusqu'au vif, mon très-cher frère, des grâces et bontés que vous me témoignez derechef par le gracieux intérêt que vous prenez à ma santé. J'en suis vivement touchée, et ne saurais assez vous exprimer, très-cher frère, combien votre gracieuse lettre m'a pénétrée, et a fait un meilleur effet que toutes les médecines du monde. M. Cothenius pourra avoir l'honneur de vous dire que depuis une huitaine de jours je me porte beaucoup mieux, aux forces près. L'horrible toux commence à diminuer, ce qui me procure du repos, dont j'ai été entièrement frustrée. Je commence moi-même à croire que cette fois je me tirerai encore d'affaire, et il faut que je rende la justice à Muzellius qu'il s'est donné tous les soins et peines imaginables. Le sieur Cothenius et lui ont été aussi entièrement d'accord sur tout l'état de ma maladie. Je vous remercie aussi très-respectueusement, mon très-cher frère, de la grâce que vous m'avez faite de m'envoyer le sieur Cothenius. J'ai été hors de moi-même de le voir, m'ayant assurée que, grâce à Dieu, mon très-cher frère, vous commenciez<408> à vous remettre de votre vilaine goutte. J'ai pris plus de vingt fois la plume en main pour vouloir vous témoigner, mon très-cher frère, le chagrin que cela me causait de vous savoir souffrir; mais la terrible faiblesse dont je me ressentais ne me l'a pas voulu permettre. Ainsi j'ai souffert doublement, puisque votre précieuse santé me tient plus à cœur que ma vie; et le ciel veuille, mon très-cher frère, vous rendre bientôt toutes vos forces! Et je vous prie de croire que si la vie m'était chère, et que je désire de la conserver, ce n'est que pour vous prouver que, tant qu'il me restera un souffle, je ne cesserai de vous aimer, adorer et respecter, étant avec une très-profonde soumission, mon très-cher frère, etc.