<165> reconnaissance. Je dois ajouter que les neveux de M. de Voltaire, de qui je tiens ces différentes pièces, prient instamment V. M. de ne point souffrir qu'on les rende publiques; ils ne veulent que mettre V. M. en état de prouver aux catholiques allemands qu'ils peinent, sans blesser leur conscience, prier Dieu pour celui qui a lait tant de beaux ouvrages et de belles actions. J'attends, Sire, et ils attendent comme moi avec impatience ce que V. M. voudra bien ordonner à ce sujet. J'attends aussi ses ordres au sujet du buste de marbre très-ressemblant dont elle m'a paru vouloir faire l'acquisition cette année. C'est un très-bel ouvrage, dont le prix n'est que de trois mille livres de France, et que le sculpteur se chargerait de faire parvenir sûrement à Potsdam.

M. de Rulhière, à qui j'ai lu l'endroit de la lettre de V. M. qui le regarde, en est pénétré de reconnaissance, et fera usage, dans son histoire de la révolution de Pologne, de ce peu de lignes, qui lui ont paru bien précieuses et bien essentielles.

Un sénéchal de Corlay en Basse-Bretagne vient de m'adresser des vers pour V. M., qu'il me prie de lui faire parvenir. Le nom du poëte est Georgelin; c'est un homme de robe, qui loue V. M. d'avoir appris leur devoir à des magistrats. Ainsi son hommage n'est pas suspect.

Frédéric réunit tous les droits à la gloire,
Il offre en chaque genre un modèle nouveau;
Comme il sait en son camp enchaîner la victoire,
Il fait chérir la paix, même jusqu'au barreau.

Je ne parle point à V. M. de l'état de ma frêle machine. M. de Catt pourra, si elle le permet, l'ennuyer de ces détails.a Je me console en sachant que V. M. se porte bien, et en me flattant de la précéder aux sombres bords longtemps avant qu'elle y arrive. Puisse-je,


a D'Alembert, qui n'ignorait pas la disgrâce où était tombé M. de Catt (voyez t. XXIV, p. II), parle de lui, à dessein, ici et dans ses deux lettres suivantes. Mais Frédéric ne fait pas mention, dans ses réponses, du refroidissement survenu entre lui et son ancien lecteur.