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27. DE L'ÉLECTRICE MARIE-ANTONIE DE SAXE.

Dresde, 3 août 1764.



Sire,

Je n'accuserai jamais d'incongruité les citations que Votre Majesté voudra faire; mais j'étais fâchée, Sire, de vous voir donner dans la prédestination arbitraire et absolue, et je remarque avec joie, dans la dernière lettre dont vous m'avez honorée, que vous n'êtes pas si calviniste. V. M. me fait espérer que la maison de Saxe ne doit pas être à jamais un vase de réprobation,a et qu'elle peut voir encore des jours plus heureux. J'en accepte l'augure; nous ne manquons pas de patience, Sire; une trop longue école nous y a formés, et quant à l'occasion, si V. M. veut bien contribuer à la faire naître, je joindrai le doux sentiment de la reconnaissance à ceux de l'attachement et de la plus haute estime, avec lesquels j'ai l'honneur d'être, etc.

28. A L'ÉLECTRICE MARIE-ANTONIE DE SAXE.

Potsdam, 8 août 1764.



Madame ma sœur,

Si j'étais théologien, j'aurais une belle occasion d'ennuyer Votre Altesse Royale de tout ce fatras d'absurdités téméraires que des ignorants ont écrit sur la liberté et sur les décrets de la Providence. Pour moi, madame, je n'y trouve que des ténèbres, que ma faible raison ne peut ni pénétrer ni éclaircir. Je penche cependant à croire l'homme libre, et même très-libre, parce que cela est conforme à la


a Épître de saint Paul aux Romains, chap. IX, v. 22.