<253> cette princesse joint à tant d'avantages une indulgence et une affabilité extrême, je crois, tout bon chrétien qu'on soit, qu'on peut être tenté de lui ériger des autels. J'ai le bonheur de connaître précisément une telle princesse, et une de mes méditations favorites, c'est de repasser souvent en ma pensée le choix rare des dons exquis dont la nature l'a avantagée. C'est, me dis-je, le plus bel ornement de l'Allemagne; c'est le phénix des grandes princesses. J'agis comme les initiés des mystères de Cérès Éleusine, qui gardaient le secret sur leurs mystères,a comme les Juifs, qui gardaient pour eux le nom de Jéhovah.b Je ne dirai point le nom de cette grande princesse; il a son tabernacle en mon cœur, et, quoi que fasse V. A. R., elle ne me le fera pas divulguer; et comme elle est trop modeste pour le deviner, je crains qu'elle ne l'ignore pour toujours. C'est avec la plus haute considération et les sentiments de la plus véritable estime que je suis, etc.

153. DE L'ÉLECTRICE MARIE-ANTONIE DE SAXE.

Dresde, 16 décembre 1771.



Sire,

J'avais appris avec la plus grande douleur le mal dont Votre Majesté a été attaquée. J'ai été sur le point de vous témoigner cette douleur qui me pénétrait. Mais c'est bien assez, me disais-je, du mal qu'un héros endure, et des peines que, malgré ce mal, il ne cessera de prendre; je dois lui épargner celle de lire mes lettres. Je me propo-


a Voyez les Œuvres de Voltaire, édit. Beuchot, t. XV, p. 165 et suivantes.

b Exode, chap. III, v. 13, 14 et suivants.