<335> de vos armées. Il ne respire qu'après le bonheur de vivre et de mourir à votre service. Il n'a et n'aura jamais d'autre patrie que vos États, et d'autre maître que vous. Il vous regarde avec raison comme son bienfaiteur, et, j'ose le dire, comme son père.

Il écrit aujourd'hui à votre ambassadeur; mais il attend les pièces de son abominable procès, sans lesquelles on ne peut rien faire; il est moins instruit que personne de tout ce qui s'est fait pendant son absence, car il partit dès le premier moment que l'affaire commença à éclater. Tout ce qu'il sait, c'est qu'elle fut l'effet d'une tracasserie de province et d'une inimitié de famille. Un de ses infâmes juges, qui mourut il y a deux ans, se fit traîner avant sa mort chez un vieux gentilhomme, oncle de d'Étallonde et chevalier de Saint-Louis; il lui demanda publiquement pardon de son exécrable injustice; mais son repentir ne nous suffit pas, il nous faut les pièces du procès. Nous les attendons depuis quatre mois. Rien n'est si aisé que d'être condamné à mort, et rien de si difficile que de connaître seulement pourquoi on a été condamné. Telle est notre jurisprudence barbare. Ce procès est plus odieux encore que celui des Calas.

Vous souvenez-vous, Sire, d'une petite pièce charmante que vous daignâtes m'envoyer, il y a plus de quinze ans, dans laquelle vous peigniez si bien

Ce peuple sot et volage,
Aussi vaillant au pillage
Que lâche dans les combats?a

Vous savez que ce peuple de Velches a maintenant pour son Végèce un de vos officiers subalternes,b dont on dit que vous faisiez peu de cas, et qui change toute la tactique en France, de sorte que l'on


a Voyez t. XII, p. 14; t. XIII, p. 166; et ci-dessus, p. 62.

b Jean-Ernest de Pirch, d'abord page du Roi, puis lieutenant au régiment d'infanterie du lieutenant-général de Saldern, à Magdebourg, mort le 20 février 1783, au camp de Santa-Maria en Espagne; il était alors colonel d'un régiment français, et avait trente-huit ans.