<322>Observez cependant que Louis XV rejeta la proposition du maréchal de Belle-Isle, et qu'en cela il se montra supérieur à Louis XIV.

Mais je ne sais où je m'égare. Est-ce à moi à suggérer des réflexions à ce philosophe solitaire qui, de son cabinet, fournit toute l'Europe de réflexions? Je vous abandonne à toutes celles que vous fournira votre esprit inépuisable. Il vous dira sans doute qu'autant vaut-il déclamer contre la neige et la grêle que contre la guerre; que ce sont des maux nécessaires; et qu'il n'est pas digne d'un philosophe d'entreprendre des choses inutiles.

On demande d'un médecin qu'il guérisse la fièvre, et non qu'il fasse une satire contre elle. Avez-vous des remèdes, donnez-les-nous; n'en avez-vous point, compatissez à nos maux. Disons comme l'ange Ituriel : Si tout n'est pas bien dans ce monde, tout est passable;a et c'est à nous de nous contenter de notre sort.

En attendant, vos héros russes entassent victoires sur victoires, sur les bords du Danube, pour fléchir l'indocilité du sultan. Ils lisent vos libelles,b et vont se battre. Et votre impératrice, comme vous l'appelez, a fait passer une nouvelle flotte dans la Méditerranée; et, tandis que vous décriez cet art que vous nommez infernal dans vos ouvrages, vingt de vos lettres m'encouragent à me mêler des troubles de l'Orient. Conciliez, si vous pouvez, ces contraires, et ayez la bonté de m'en envoyer la concordance.

Nous avons reçu ici les vers d'un soi-disant Russe à Ninon de l'Enclos,c Pégase et le Vieillard,d et nous attendons Louis XV aux champs Élysées.e Tout cela vient de la fabrique du Patriarche de Ferney,


a Voyez ci-dessus, p. 101.

b Allusion à la Tactique; Œuvres de Voltaire, édit. Beuchot, t. XIV, p. 272 :
     

Allez, adressez-vous à monsieur Romanzoff,
Aux vainqueurs tout sanglants de Bender et d'Asoff.

c L'Épître du comte André Schuwaloff à Ninon de l'Enclos fut attribuée par erreur à Voltaire; voyez les Œuvres de celui-ci, t. LXVIII, p. 347, 349, 436, 479 et 483.

d Dialogue de Pégase et du Vieillard, 1774; Œuvres de Voltaire, t. XIV. p. 280.

e Voyez t. XIV, p. 298-316 de notre édition.