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Nous pourrions bien haïr les infidélités
De ceux qui par humeur ont fait de sots traités;
Nous pourrions bien haïr la fausse politique
De ceux qui, s'unissant avec nos ennemis,
Ont servi les desseins d'une cour tyrannique,
Et qui se sont perdus pour perdre leurs amis;

mais nous ne ferons jamais il hait de deux syllabes; prenez, Sire, votre parti là-dessus, et ayez la bonté de changer ce vers; cela vous sera bien aisé.a

Où est le temps, Sire, où j'avais le bonheur de mettre des points sur les i à Sans-Souci et à Potsdam? Je vous assure que ces deux années ont été les plus agréables de ma vie. J'ai eu le malheur de faire bâtir un château sur les frontières de France, et je m'en repens bien. Les Patagons, la poix-résine, l'exaltation de l'âme, et le trou pour aller tout droit au centre de la terre, m'ont écarté de mon véritable centre. J'ai payé ce trou bien chèrement. J'étais fait pour vous. J'achève ma vie dans ma petite et obscure sphère, précisément comme vous passez la vôtre au milieu de votre grandeur et de votre gloire. Je ne connais que la solitude et le travail; ma société est composée de cinq ou six personnes qui me laissent une liberté entière, et avec qui j'en use de même; car la société sans la liberté est un supplice. Je suis votre Gille en fait de société et de belles-lettres.

J'ai eu ces jours-ci une très-légère attaque d'apoplexie, causée par ma faute. Nous sommes presque toujours les artisans de nos disgrâces. Cet accident m'a empêché de répondre à V. M. aussitôt que je l'aurais voulu.

Le diable est déchaîné dans Genève. Ceux qui voulaient se reti-


a Frédéric profita de la critique, et voici comment ce vers a été imprimé dans les Œuvres posthumes, t. VII, p. 353 :
     

L'absinthe à votre goût est âpre et trop amère.

Voyez notre t. XII, p. 210.