<17>

III. LETTRES DE FRÉDÉRIC A LA COMTESSE DE SKORZEWSKA. (22 OCTOBRE 1768 - 20 JUILLET 1770.)

<18><19>

1. A LA COMTESSE DE SKORZEWSKA.

Potsdam, 22 octobre 1768.



Madame la comtesse de Skorzewska,

La nouvelle que vous me confirmez, par votre lettre en date d'hier, de votre heureuse arrivée ici avec le comte votre époux m'a causé un vrai plaisir. Je compte d'avoir la satisfaction de le voir cette après-midi, comme je vous en ai déjà fait avertir, et vous pouvez être assurée d'avance que les comtes Trembinski, étant vos neveux, seront, de même que tous ceux qui vous appartiennent, agréablement accueillis de ma part. Sur ce, etc.

2. A LA MÊME.

Potsdam, 25 octobre 1768.



Madame la comtesse de Skorzewska,

Votre obligeante lettre du 23 de ce mois m'a été fidèlement rendue, et je suis extrêmement sensible à tout ce que vous me dites19-a de poli et d'obligeant sur l'accueil que j'ai fait à votre époux et à vos neveux. Quoique leur mérite personnel leur ait concilié toute mon estime, je ne saurais cependant vous dissimuler que l'avantage qu'ils ont de vous appartenir a beaucoup augmenté le plaisir que j'ai ressenti<20> de faire leur connaissance; et je regrette véritablement que, par un excès de votre discrétion, je n'aie pas joui de celui de vous voir et de vous faire connaître tout le cas que je fais de votre mérite. J'espère que vous ne me refuserez pas cette satisfaction une autre fois, et que vous profiterez plutôt de la première occasion pour me la procurer. En attendant, vous pouvez être persuadée qu'on ne saurait rien ajouter à la part distinguée et parfaite que vous avez en mon estime. Sur ce, etc.

3. A LA MÊME.

Berlin, 3 janvier 1769.



Madame la comtesse de Skorzewska,

Persuadé comme je suis que les vœux que vous avez formés en ma faveur sont l'interprète fidèle de vos sentiments, je les reçois avec reconnaissance, et je n'en fais pas de moins ardents pour votre bonheur et pour votre prospérité. Rien ne vous manquera, s'ils sont exaucés, et j'aurai en même temps la satisfaction de vous faire voir souvent que j'y prends l'intérêt le plus vif et le plus sincère. Sur ce, etc.

4. A LA MÊME.

Potsdam, 20 juillet 1770.



Madame la comtesse de Skorzewska,

Je sens toute la vivacité de votre juste douleur à la vue de la maladie qui, selon votre lettre du 15 de ce mois, menace les jours de<21> votre époux. Épouse chérie, tendre mère, ces noms qui faisaient autrefois vos délices ne sauraient, dans ce moment terrible, qu'augmenter vos tourments. Je souhaiterais bien pouvoir y apporter quelque adoucissement; mais ma philosophie ne refuse pas à la nature ses droits respectables, et ne blâme pas les agitations dont votre cœur est déchiré. Tout ce qui me reste, c'est de partager votre affliction avec vous, de former des vœux pour la conservation de votre époux, et de vous renouveler les assurances que je ne discontinuerai jamais de vous accorder, et à vos enfants, ma bienveillance et protection royale. Sur ce, etc.

AUX ENFANTS DE LA COMTESSE DE SKORZEWSKA.

Potsdam, 19 novembre 1773.

La mort de votre mère m'a sensiblement touché. C'était une personne de mérite, et dont les talents et les qualités personnelles me rendront la mémoire à jamais précieuse. Mais je sens en même temps tout ce que ce coup a d'accablant pour vous. A peine relevés de la juste douleur de la perte de votre père, cette mort vous ravit encore l'unique appui et le meilleur guide de votre jeunesse, et cette situation excite toute ma compassion. Ne vous abandonnez cependant pas trop à ces tristes idées. Votre religion peut apporter quelque adoucissement à votre affliction et la tenir dans de justes bornes, et, s'il vous faut encore d'autres ressources, vous les trouverez dans cette<22> protection et cette bienveillance royale dont jouissait feu votre mère, et que je suis tout disposé à transmettre sur ses enfants. Sur ce, etc.

AUX MÊMES.

Potsdam, 26 novembre 1773.

N'ayant aucune connaissance des motifs qui ont engagé mon collége des pupilles à s'opposer à votre retour à Margonin, je vais en prendre des informations précises, pour voir ce que je pourrai faire en votre faveur. En attendant, etc.

AUX DAMES DE GARCZYNSKA ET DE GORZENSKA, NÉES DE SKORZEWSKA, A MARGONIN.

Potsdam, 5 février 1783.

J'ai reçu la lettre que vous avez bien voulu me faire en date du 27 de janvier dernier, touchant l'éducation de votre frère. Les États d'ici étant proprement ceux où chacun est élevé dans la religion à laquelle il appartient, et n'y ayant aucun pays où l'on soit moins gêné à cet égard que dans celui-ci; que d'ailleurs l'éducation y vaut infiniment mieux que celle qu'on peut recevoir en Pologne, et votre frère se trouvant outre cela mon vassal et n'avoir ainsi nul besoin de la<23> langue polonaise, je ne vois pas de motif valable pour mettre empêchement, comme vous le désirez, à l'éducation qu'on veut lui donner. Ne pouvant donc pour cette fois déférer à votre demande, je me borne à prier Dieu, comme je fais, qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.

A MADAME DE CIECIERSKA, A MARGONIN.

Potsdam, 6 février 1783.

L'endroit de l'éducation du jeune comte Skorzewski23-a est indifférent au Roi, pourvu qu'elle se fasse, non dans l'étranger, mais dans les États de S. M., qui ne manquent point de pareils établissements. D'ailleurs, il va sans dire qu'on doit faire un bon choix, et ne confier ce jeune homme qu'à des personnes capables de bien former son esprit et son cœur, en un mot, de lui donner une bonne et raisonnable éducation. C'est aussi dans ce sens que S. M. a donné ses ordres au grand chancelier de Canner, à Berlin, auquel la dame de Ciecierska, grand'mère et tutrice dudit jeune comte, peut s'adresser.


19-a Les mots me dites manquent dans l'original.

23-a Frédéric Skorzewski, filleul du Roi. Le titre de comte lui fut confirmé le 19 avril 1787.