187. AU MÊME.

Strehlen, 8 août 1761.

Nous ne faisons jusqu'ici que des mouvements, mon cher marquis. Nous avons eu beaucoup de petits avantages dont je ne vous parle pas, parce qu'ils sont indignes de votre attention. Les Russes pillent, selon leur coutume, en Silésie, de l'autre côté de l'Oder, Loudon dort à Wartha, et nous ne faisons pas grand' chose. Que votre imagination n'aille pas trop vite. Vous allez dire : On sera sans doute sur le point de convenir d'un armistice. Rien moins que cela. Je vous assure qu'il y a moins d'apparence à présent que jamais à toute suspension entre les parties belligérantes, soit Français et Anglais, soit Prussiens et Autrichiens, soit Suédois, cercles, etc. Ces nouvelles pourront déconcerter votre politique. Cependant la victoire du prince Ferdinand, la prise de Pondichéry et des Antilles n'a amolli en rien l'esprit belliqueux de la cour de Versailles. Notre campagne traînera, selon les apparences, et il est à croire qu'elle ne deviendra sérieuse que vers l'automne. Faites des vœux à la fortune pour qu'elle<278> nous seconde. Ce sera l'épée, et non la plume, qui amènera les choses à la pacification générale. L'épuisement d'argent fera ce que la raison et l'humanité auraient dû faire; le combat finira faute de combattants.278-a Enfin on verra du nouveau, et je crois presque qu'il faudra faire encore une campagne, outre celle que nous avons commencée. Je vous donne matière à d'amples conjectures. Je voudrais vous fournir des nouvelles plus agréables; prenez-les telles qu'elles conviennent au temps qui court. Travaillez tranquillement sur Plutarque, et soyez un peu moins paresseux à me donner de vos nouvelles. Adieu, cher marquis; je vous embrasse.


278-a

Et le combat cessa, faute de combattants.

Corneille,

le Cid

, acte IV, scène III.