19. DE M. DE SUHM.

Lübben, 16 juin 1736.



Monseigneur

Si jamais j'eus sujet de désirer avec ardeur que Wolff eût déjà inventé cet art des signes qu'il dit manquer aux hommes pour pouvoir exprimer leurs pensées d'une manière toute dégagée des sens, c'est bien dans cette occasion; car comment pourrais-je, avec des mots, répondre dignement à la dernière lettre dont V. A. R. a daigné m'honorer? O monseigneur! les respectueux sentiments dont je me sens pénétré pour vous sont si fort au-dessus de tout ce que le langage des hommes peut exprimer, que mon cœur et ma plume se révoltent à les peindre aussi froidement que je le ferais même dans les termes les plus énergiques. Que ce respectueux silence vous dise donc tout ce que je ne puis que sentir.

Quand ma vie me serait odieuse, l'intérêt que vous daignez y<296> prendre suffirait pour me la rendre chère. Je reviens donc avec joie à la vie, puisque le ciel le veut, et que V. A. R. le désire; mais, monseigneur, souffrez que ce soit pour ne vivre désormais que pour vous, pour jouir du seul bien que j'ambitionne, celui de posséder vos bonnes grâces, pour être témoin, enfin, de vos vertus et de votre gloire.

La continuation de Wolff, que j'ai l'honneur d'envoyer à V. A. R., nous mène bien près de la fin du troisième chapitre. Je me suis aperçu d'une faute dans le paragraphe 282 de l'envoi précédent, où le mot entendement se trouve à la place de celui d'imagination.

Quoique je me voie obligé d'aller à Dresde pour y attendre le retour de la cour de Varsovie, Wolff et mon écritoire ne me quitteront point.

Je suis avec le plus profond respect, etc.