<275> ta sœur madame de Grammont, entouré de serviles adulateurs. Là, la fausseté déguisée en politesse te prodiguait le mensonge; les uns, par crainte de ton pouvoir, les autres, par un vil intérêt, t'encensaient et se rendaient les panégyristes de tes folies. Mais ici l'on n'a besoin de personne, on n'encense personne, et l'on ne dit que la vérité.

Choiseul.

Oh! le désagréable séjour! Qu'il est fâcheux pour un courtisan de Versailles, que dis-je? pour un ministre roi, de vivre avec d'aussi plats rustres! Mais que vois-je? quel objet nous envoie-t-on de l'autre monde? Qu'est-ce que cet animal? Il n'a point de tête; je crois, Dieu me damne, que c'est monsieur saint Denis. Qui es-tu, homme sans tête?

Struensée.

Je n'ai point l'honneur d'être saint, je suis même hérétique. Je suis venu ici sans tête, parce qu'on avait besoin de la mienne dans le pays où on me l'a coupée, faute d'en avoir d'autre.

Choiseul.

On n'est pas si brutal en France. Les lois y sont pour le peuple, et non pour les grands. On ne coupe point nos têtes. Mais quel rôle as-tu joué? et pourquoi t'a-t-on traité ainsi?

Struensée.

Je suis le comte de Struensée, et de ces gens qui doivent tout à leur mérite; je suis l'auteur de ma fortune. Je professais la médecine dans le Holstein, lorsque le souverain de l'Islande, de la Norwége, du Holstein et du Danemark vint à Kiel. Il était abîmé de maladies; je l'en guéris heureusement. Je gagnai sa faveur, et plus encore celle de la Reine, qui ne me regarda pas avec des yeux indifférents. Je devins ministre, et je voulus être souverain. Je pensais comme Pompée, je