<62>sortes d'expéditions nocturnes. Ensuite l'on envoie des troupes à l'autre bord, pour prendre poste, qui travaillent à se retrancher et à faire des abatis qui les couvrent jusqu'à ce que toute l'armée les ait jointes. A tous les passages de larges rivières, il faut retrancher avec soin les deux têtes de pont, et les bien garnir de troupes. On fortifie aussi les îles qui sont à portée, pour soutenir ces retranchements, afin que, dans le temps que l'armée poursuit ses opérations contre l'ennemi, celui-là ne puisse point vous ôter vos ponts et les détruire.

Lorsque les rivières sont étroites, on choisit pour les passer des lieux où elles font un coude, et où le rivage est haut et dominant de votre côté. On y place le plus de canons que l'on peut, et de l'infanterie. On fait ses ponts sous cette protection, et l'on passe ensuite; et, comme le coude que la rivière forme rétrécit le terrain, les plus faibles corps sont d'abord appuyés, et l'on n'a qu'à avancer tant soit peu pour gagner toujours plus de terrain à mesure que les troupes passent, et qu'elles en peuvent occuper. S'il y a des gués, on les destine pour la cavalerie, et on les fait appareiller.

ARTICLE XXII. DE LA DÉFENSE DES RIVIÈRES.

Rien n'est aussi difficile, pour ne pas dire impossible, que de défendre le passage d'une rivière, principalement lorsque le front d'attaque est trop étendu. Je ne voudrais jamais me charger de cette commission, si mon front d'attaque surpassait huit milles d'Allemagne, et s'il n'y avait une ou deux forteresses sur cette rivière, dans cet espace, et, de plus, qu'il ne s'y trouvât aucun endroit guéable. Si toutes ces choses sont telles, il faut pourtant un certain temps pour se préparer aux entreprises de l'ennemi.

Voici les dispositions qu'il faut faire. On fera enlever tous les bateaux qui sont sur la rivière, que l'on fera conduire aux deux forteresses, et cela, dans l'intention de priver l'ennemi de ce secours. Ensuite il faut reconnaître les deux bords de la ri-