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343. AU PRINCE HENRI.

Jägerndorf, 23 octobre 1778.



Mon cher frère,

Je vois, mon cher frère, qu'un major Günther a fait seize prisonniers; cela est fort bien, mais en vérité cela ne vaut pas la peine d'être cité. Il faut tendre au grand; tous ceux qui se signalent dans des coups décisifs doivent être distingués, mais des bagatelles de cette espèce ne méritent aucune attention. Je suis d'ailleurs ici occupé de bien d'autres choses. Vous n'imaginez pas la diversité et la multitude d'ouvrages dont je suis surchargé : il faut tout entabler, redresser bien des choses vicieuses, veiller sur l'ennemi, agir offensivement et pourvoir en même temps à la défensive. Tout cela, si vous savez ce qu'en vaut l'aune, m'excusera envers vous de la brièveté de ma lettre. Je ne suis pas de ces gens qui restent les bras croisés, et qui préfèrent un doux et inutile repos à l'activité utile. Je fais tout ce qui dépend de moi pour que nos affaires prospèrent, et si cela ne réussit pas, on ne m'en attribuera pas la cause, mais on croira peut-être que j'ai été mal secondé. Je suis, etc.

344. DU PRINCE HENRI.

Gross-Sedlitz, 28 octobre 1778.



Mon très-cher frère,

Je n'ai aucun doute sur l'objet des occupai ions que vous avez, mon très-cher frère, et dont vous me faites l'honneur de me parler. Je me suis trouvé assez souvent dans le cas d'en avoir, et je connais par expérience combien il est difficile de commander des armées. Quoique, à cette heure, nous ne soyons pas en mouvement, je porte néanmoins mon fardeau, et je ne suis pas oisif, puisque ce n'est pas l'être lorsqu'on veille aux troupes, aux sub-