<206>V. A. R. a lu, sans doute, l'excellent livre de M. de Maupertuis.a Un homme tel que lui fonderait à Berlin (dans l'occasion) une Académie des sciences qui serait au-dessus de celle de Paris.

J'ai reçu une lettre de M. de Keyserlingk, de l'Éphestion de Remusberg; vous avez, grand prince, ce qui manque à ceux qui sont ce que vous serez un jour, vous avez de vrais amis.

Je suis étonné de voir par la lettre de V. A. R., non datée, qu'elle n'a point reçu les quatre actes de la Mérope, accompagnés d'une assez longue lettre. Cependant il y a six semaines que M. Thieriot m'accusa la réception du paquet, et dut le mettre à la poste. Il y a eu quelquefois de petits dérangements arrivés au commerce dont vous m'honorez. Je compte envoyer bientôt à V. A. R. un exemplaire d'une édition plus correcte des Eléments de Newton. Il n'y a que vous au monde, monseigneur, qui puissiez allier tout cela avec la foule de vos occupations et de vos devoirs.

Madame du Châtelet ne cesse d'être pénétrée pour votre personne d'admiration ..... et de regrets. Vous m'avez donné un grand titre; je ne pourrai jamais le mériter, quoique mon cœur fasse tout ce qu'il faut pour cela. Un homme que le fameux chevalier Sidneya avait aimé ordonna qu'après sa mort on mît sur sa tombe, au lieu de son nom : Ci-gît l'ami de Sidney. Ma tombe ne pourra jamais avoir un tel honneur : il n'y a pas moyen de se dire l'ami de ....

Je suis avec la plus profonde vénération et le dévouement tendre que vous daignez permettre, etc.


a La Figure de la terre. Paris, 1738. Voyez la lettre de Frédéric à Maupertuis, du 20 juin de la même année, t. XVII, p. 373.

a Algernon Sidney, ardent républicain, fut décapité à Londres, en 1683, à cause de ses Discourses concerning government.