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5. DE M. DE SUHM.

Berlin, 25 mars 1736.



Monseigneur

J'ai reçu avec respect les ordres de Votre Altesse Royale, et aussitôt j'ai pris avec le baron de Demeradta toutes les mesures possibles pour faire parvenir le saumon en bon état à Vienne.

Mon affliction est extrême d'apprendre que V. A. R. ne jouit pas d'une santé parfaite. Mais ce qui me rassure est que, rien n'étant dans le monde sans raison suffisante, je suis persuadé que Dieu n'a fait naître un prince doué de si grandes qualités, et si porté au bien, que dans le dessein qu'il fût un jour les délices du genre humain.

Que je sais bon gré à celui qui a engagé V. A. R. à se donner plus de mouvement! C'était bien là assurément le conseil le plus propre à rétablir sa santé. Mais, monseigneur, n'est-ce pas éluder le conseil de votre Esculape que de retrancher sur votre sommeil le temps que vous devez employer à fortifier votre santé? Le repos du sommeil est aussi nécessaire au corps que le mouvement. Le zèle m'emporte peut-être; mais dussé-je encourir un moment de disgrâce, je ne puis m'empêcher de dire à V. A. R. que l'ardeur d'acquérir des connaissances lui fait oublier qu'elle se doit à de grands peuples. Parce qu'elle ne sent aucune borne à la grandeur de son âme, elle croit sans doute n'en devoir aussi mettre aucune à l'étendue de ses connaissances. Mais, monseigneur, savez-vous bien à quoi vous vous jouez? A rendre inutiles les soins et les veilles de ceux qui travaillent à se rendre capables de vous être utiles un jour, pendant que V. A. R. s'applique, aux dépens de sa santé, à se mettre en état de se passer d'eux.

Au nom de tous ceux qui attendent un jour leur bonheur de vous, ménagez votre précieuse vie.

Je suis avec le plus profond respect, etc.


a Voyez t. II, p. 63.